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28Troisième année de vie publiqueChapitre 381Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 16, 1-8×4,5

Parabole de l'intendant infidèle mais rusé

Troisième année de vie publique — Sur le plateau d'une montagne épineuse aux abords de la Judée, non loin de Jéricho, devant une foule de pèlerins. Un groupe de pharisiens et un groupe d'esséniens écoutent à l'écart.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 381

Le récit

Un homme fortuné emploie un intendant. On vient le lui dénoncer — par jalousie chez les uns, par attachement au maître chez les autres : cet homme dilapide, détourne, laisse dormir ce qu'il devrait faire fructifier. Le propriétaire le convoque et lui retire sa charge, non seulement par méfiance mais pour ne pas donner aux autres serviteurs l'exemple d'une malhonnêteté tolérée. Qu'il rapporte les registres dès le lendemain.

L'intendant s'en va calculer. Il n'a rien mis de côté, sûr qu'il était de toujours s'en tirer ; le travail de la terre est au-dessus de ses forces amollies, et mendier au-dessous de sa fierté. La solution lui vient : puisqu'il a su s'assurer une vie confortable, il va s'assurer des obligés — et vite, avant que sa disgrâce ne s'ébruite.

Il rend visite aux débiteurs de son maître. Au premier, qui doit cent barils d'huile pour un prêt qui en valait trente, il fait valoir sa nombreuse famille et qualifie le prêteur d'usurier : qu'il inscrive cinquante, l'intendant jurera que c'est exact. Au second, endetté de cent boisseaux de blé après trois années de sécheresse, il souffle quatre-vingts en affirmant que lui seul se souvient des versements, et qu'il choisit de ne pas s'en souvenir. Il se présente partout en défenseur des pauvres contre les riches, prêt à souffrir pour rétablir la justice. Chacun le bénit et lui promet sa maison.

Rassuré, il se présente devant son maître. Celui-ci l'avait fait suivre et connaissait la manœuvre. Il ne l'approuve pas — et le félicite pourtant de son adresse.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle est double : d'abord placée dans la bouche du propriétaire, puis reprise par Jésus qui se l'approprie explicitement.

« La fraude n'est pas belle, et je n'approuverai jamais personne de s'y livrer. Mais je vous exhorte à être au moins comme les enfants du siècle. »

EMV 381.5

Suit l'application : que les biens terrestres servent de monnaie pour entrer ailleurs — faire le bien, restituer ce qui a été pris indûment, se déprendre de l'attachement. Ils deviendront les amis qui ouvriront la porte. L'argument de fond tient en une objection retournée : comment Dieu confierait-il les vraies richesses à qui n'a pas su gérer les fausses ?

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La parabole la plus embarrassante de l'Évangile, désamorcée. Le récit de Luc a toujours gêné : un escroc y est loué. Le chapitre 381 déplace la difficulté en donnant aux dettes un caractère usuraire et aux débiteurs des enfants affamés. La fraude reste une fraude — Jésus le redit deux fois — mais elle cesse d'être un pur vol. On peut y voir une explicitation de ce que le texte évangélique laissait dans l'ombre ; on peut aussi remarquer que l'intendant se sert de la justice sociale comme d'un argument de vente, ce qui rend le personnage plus retors encore, non moins.

Le maître savait. Détail absent de Luc : le propriétaire avait fait espionner son intendant. L'éloge n'est donc pas celui d'un dupé qui admire malgré lui, mais d'un homme parfaitement informé. La louange porte sur l'intelligence pratique seule, isolée de toute approbation morale.

La fin donne raison au discours. L'essénien qui contestait la liberté humaine se dépouille de ses vêtements blancs dans un bosquet et demande un nom nouveau. La parabole disait qu'il n'est jamais trop tard pour reconvertir un capital ; un vieil homme vient d'en faire la démonstration à l'instant même — ce que Jésus commente d'une phrase :

« Même sur les pierres, Dieu fait s'épanouir des fleurs. »

EMV 381.10

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 16, 1-8 — l'intendant infidèle mais avisé

1 Jésus disait aussi à ses disciples : " Un homme riche avait un économe qu'on accusa devant lui de dissiper ses biens.
2 Il l'appela et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends compte de ton administration : car désormais tu ne pourras plus gérer mes biens.
3 Alors l'économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître me retire la gestion de ses biens ? Travailler la terre, je n'en ai pas la force, et j'ai honte de mendier.
4 Je sais ce que je ferai, afin que, lorsqu'on m'aura ôté mon emploi, il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons.
5 Faisant donc venir l'un après l'autre les débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ?
6 Il répondit : Cent barils d'huile. L'économe lui dit : Prends ton billet : assieds-toi vite, et écris cinquante.
7 Ensuite il dit à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Il répondit : Cent mesures de froment. L'économe lui dit : Prends ton billet, et écris quatre-vingts.
8 Et le maître loua l'économe infidèle d'avoir agi habilement ; car les enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière.

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon raconte en 1 102 caractères ce que l'EMV développe en 4 833 — quatre fois et demie plus. L'écart se creuse surtout dans la tournée chez les débiteurs : 386 caractères chez Luc, 2 523 dans l'Œuvre, soit six fois et demie.

La scène

Crampon ne situe rien : « Jésus disait aussi à ses disciples ». L'Œuvre place la parabole sur le plateau d'une montagne épineuse aux abords de la Judée, au matin — « la matinée est fraîche et la rosée n'est pas encore évaporée sur toutes les plantes » —, devant une foule de pèlerins où les malades ont été placés aux meilleurs endroits.

L'auditoire. Il n'est plus le cercle des disciples : un groupe de pharisiens et un groupe d'esséniens vêtus de blanc écoutent à l'écart, et Pierre les commente d'un mot — « Cela fait un poulailler d'éperviers en plus ! ».

L'objet annoncé. Surtout, la parabole ne tombe pas dans le vide : elle est précédée d'un développement sur la liberté et le jugement, où Dieu demande « Comment as-tu usé et abusé de ce que je t'ai donné ? », et elle est annoncée par son objet — « vous verrez que les riches eux aussi peuvent se sauver en dépit de leur fortune, ou réparer leurs erreurs passées en faisant bon usage de leurs biens, même s'ils ont été mal acquis ». Le lecteur sait donc, avant le premier mot du récit, ce qu'il devra en tirer.

Ce qui est ajouté

Partout où Luc écrit un fait, l'Œuvre écrit une cause. Aux dénonciateurs anonymes de Crampon — « qu'on accusa devant lui de dissiper ses biens » — répondent des accusateurs motivés : « Certains, qui étaient ses ennemis parce qu'ils enviaient sa bonne situation, ou bien très amis du riche et par conséquent soucieux de son bien-être ».

Le congé. Le maître, qui chez Luc congédie sans expliquer — « car désormais tu ne pourras plus gérer mes biens » —, donne ici une raison pédagogique : « je ne peux donner un exemple d'injustice et de laisser-faire qui encouragerait mes autres serviteurs à agir comme tu l'as fait », et fixe un délai, « Va et reviens demain avec toutes les écritures ».

L'aveu. « Travailler la terre, je n'en ai pas la force » reçoit son étiologie : « je ne suis plus habitué au travail et la bonne chère m'a alourdi » ; et l'on apprend pourquoi l'homme est démuni : « Je n'ai pas d'économies parce que, persuadé comme je l'étais de me tirer d'affaire, je dépensais tout ce que je prenais. »

L'urgence. S'ajoute enfin une urgence que Luc ignore : « allons-y tout de suite, avant que la nouvelle ne se répande et qu'il ne soit trop tard. »

Les dettes, chez Crampon deux chiffres nus, reçoivent une histoire et une arithmétique. L'huile : trente barils prêtés « il y a trois ans, au printemps », remboursables « Cent barils d'huile pour la somme et les intérêts », à une condition que le prêteur avait posée mot pour mot — « Je te le prête, mais à condition que tu me rembourses ce que cette somme te rapportera en trois ans. » Le blé : trois années de sécheresse, des avances comptées une à une — « vingt, puis vingt, puis encore dix » — pour une dette de cent, soit « rendre le double de ce qu'il t'a prêté ».

Les débiteurs. Muets chez Luc en dehors du montant, ont peur — « Mais tu ne me trahiras pas ? S'il vient à savoir ? » —, remercient — « Sois béni ! Mon ami et mon sauveur ! » —, et s'engagent : « Souviens-toi que ma maison est pour toi une maison amie. »

L'argumentaire. L'intendant se dote du sien, complet : il traite son maître d'« usurier », invoque « Il faut de la justice entre pauvres et riches ! », offre un faux serment — « Je jurerai que c'est vrai », « ce que je jure est sacré » — et réserve d'avance sa récompense : « Néanmoins, si à cause de toi je devais souffrir et être chassé, m'accueillerais-tu par reconnaissance ? ».

Dernier ajout, décisif : le maître « avait filé l'intendant et découvert son petit jeu ».

Ce qui est changé

D'abord le mouvement. Chez Crampon, « Faisant donc venir l'un après l'autre les débiteurs de son maître » — ils viennent à lui, dans son bureau ; ici « Il alla trouver plusieurs débiteurs de son maître » — c'est lui qui se déplace, de maison en maison.

Ensuite la nature même de la fraude. Chez Luc, le débiteur détient un billet et le refait : « Prends ton billet : assieds-toi vite, et écris cinquante », « Prends ton billet, et écris quatre-vingts » ; le billet disparaît de l'EMV, et ce que l'on falsifie n'est plus la dette mais le rendement déclaré — « Ecris que cela t'a rapporté cinquante barils ». Du même coup les chiffres changent de sens : cinquante barils pour trente prêtés, quatre-vingts boisseaux pour cinquante avancés, l'opération ne ruine pas le maître, elle lui laisse encore un bénéfice.

Le calcul et le second débiteur. Ce que Luc gardait pour le monologue intérieur — « Je sais ce que je ferai » — est ici prononcé devant le bénéficiaire, déguisé en hypothèse. Et le second débiteur n'est plus interrogé : au lieu du « Et toi, combien dois-tu ? », l'intendant « tint à peu près le même langage », le narrateur donnant le chiffre à sa place.

Reste le point le plus lourd. Crampon rapporte l'éloge d'un trait, au discours indirect, sans réserve : « Et le maître loua l'économe infidèle d'avoir agi habilement ». L'EMV coupe cette phrase en deux et intercale un démenti : « Ta manière d'agir n'est pas bonne, et je ne l'approuve pas. Mais je loue ton habileté. » Le mot « infidèle », que Luc applique à l'homme, se reporte sur l'acte.

La maxime finale. Elle change de bouche : ce qui chez Luc est le commentaire de Jésus — « car les enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière » — devient ici une parole du propriétaire, et il l'introduit par la formule que les Évangiles réservent au Christ : « En vérité, en vérité, les enfants du siècle sont plus avisés que ceux de la Lumière. » Jésus la reprend ensuite à son compte : « Ces mots du riche, je vous les dis moi aussi ». Le restrictif « entre eux », qui chez Crampon limitait l'habileté des mondains à leurs affaires entre eux, tombe.

Ce qui tombe

Peu de chose, et toujours du concret : le billet du débiteur, cité deux fois par Luc, et le « assieds-toi vite » qui donnait à la scène sa hâte — la hâte a migré en amont, dans la décision. Tombe aussi la mention « à ses disciples », la question directe « Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? », remplacée par un « On m'a rapporté à ton sujet telle et telle chose », et l'étiquette d'« économe infidèle », que plus personne ne prononce.

La pointe

Luc s'arrête sur une comparaison d'habileté, sans consigne. L'EMV la transforme en programme, et déplace le destinataire : la parabole n'enseigne plus au disciple à être aussi avisé qu'un escroc, elle enseigne au riche à liquider son capital pendant qu'il en a encore un — « Faites du bien avec les moyens dont vous disposez, restituez ce que vous ou d'autres de votre famille ont pris indûment, libérez-vous de votre attachement maladif et coupable aux richesses. »

L'embarras déplacé. Celui du texte de Luc n'est donc pas levé, il est triplement encadré, puis déplacé. Encadré : le maître désavoue avant de louer, Jésus redit « La fraude n'est pas belle, et je n'approuverai jamais personne de s'y livrer », et les dettes réduites sont des dettes usuraires. Déplacé, parce que ces atténuations en créent une autre : la justice sociale que l'intendant invoque est un argument de vente, il l'assortit d'un faux serment et d'une demande de contrepartie — et c'est cet homme-là dont le maître, informé de tout, loue l'habileté, avec le « En vérité, en vérité » du Christ, avant que Jésus ne fasse siens ses mots. Ce que Luc mettait dans la bouche d'un propriétaire lésé, l'Œuvre le fait passer dans celle du Christ.

Ampleur ×4,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · auditoire changé · pointe déplacée

Résonances bibliques

  • Luc 16, 1-13 — l'unique version évangélique : l'intendant accusé, les cent barils d'huile ramenés à cinquante, les cent boisseaux de blé à quatre-vingts, l'éloge de l'habileté des fils de ce monde, la fidélité dans le peu, Dieu et l'Argent.
  • Luc 16, 16-18 — la Loi et les prophètes jusqu'à Jean, puis la parole sur la répudiation. Le chapitre rattache toute cette suite lucanienne à une seule prédication, en y insérant l'échange avec les esséniens sur le libre arbitre et la résurrection de la chair.
  • Deutéronome 10, 16 — « Circoncisez votre cœur et ne raidissez plus votre nuque », citée textuellement contre les pharisiens.
  • 2 Rois 2, 19-22 — Élisée assainissant par du sel les eaux mauvaises de Jéricho, image reprise pour la Sagesse jetée dans les cœurs.
Parabole de l’intendant infidèle mais rusé — Les paraboles de Jésus