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Parabole de l'évangile reprise et commentéeCahiers de 1944Chapitre 130Le 29 juin

Les mines

Cahiers de 1944 — 29 juin 1944. Maria Valtorta transcrit des paroles reçues la veille, au terme d'un travail dont elle ignore encore le but, et après une réprimande de Jésus sur l'obéissance. Il lui parle ensuite de ce qui ne revient jamais — une joie, une douleur, une maladie, une vie — puis pose la question qui amène la parabole : « N'as-tu jamais considéré que l'on pourrait appliquer cette raison à la parabole des mines dont parle Luc ? »
Les Cahiers de 1944, chapitre 130

Ce que Jésus en fait

Le raisonnement précède la parabole et lui donne son sens. Tout ce qui vit passe et ne revient pas sous la même forme : cette joie-ci, cette douleur-là, cette maladie précise. La vie surtout, « une fois passée, ne revient plus jamais ». D'où la formule qui commande tout le reste : « Il vous est donné une heure d'éternité, un moment d'éternité pour conquérir l'Éternité. » C'est cette raison-là que Jésus propose d'appliquer aux mines.

La monnaie confiée n'est donc ni un don spirituel ni un talent au sens moderne : c'est la durée de la vie, la même pour tous en ceci qu'elle est unique. « Il vous est donné une seule pièce de monnaie d'éternité. Le Seigneur vous la confie et vous dit : “Allez. Faites des affaires avec votre argent jusqu'à mon retour.” » Le retour du maître est aussitôt corrigé en son contraire exact — « à son retour, ou plutôt à votre retour à lui » —, ce qui déplace la scène du jugement dernier vers la mort de chacun.

Suivent quatre serviteurs, et quatre sorts, là où Luc en présentait trois. Le premier a fait fructifier sa pièce au décuple et l'atteste « non d'après mes calculs mais d'après la parole évangélique » ; il reçoit le pouvoir sur dix villes et, dit Jésus, il régnera « immédiatement, car tu as fait de ton mieux ». Le deuxième produit le compte de ce qu'il a fait et entre lui aussi, « car tu as agi au mieux de tes possibilités » : le classement ne se fait donc pas sur le rendement mais sur la mesure des moyens reçus. Le troisième rapporte la pièce intacte, « car j'avais peur de ta justice », et ne reçoit ni la condamnation ni le pardon :

« Va connaître l'Amour au purgatoire et, là, travaille à conquérir le Royaume, car tu as été un serviteur paresseux ; en outre, tu ne t'es pas donné la peine d'apprendre qui je suis et tu m'as estimé injuste, tu as douté de ma justice et oublié que je suis l'Amour. Que ton argent se change en expiation. »

Les Cahiers de 1944, chapitre 130

Le quatrième n'existe pas dans l'Évangile. Il a dilapidé la pièce et en a joui « parce que je n'ai pas cru à l'existence réelle de ce Royaume » ; il s'entend répondre : « Serviteur stupide et blasphémateur ! Que mon don te soit retiré et versé dans le Trésor éternel ; quant à toi, va là où Dieu est absent et où la Vie n'existe pas. »

Le commentaire ne s'arrête pas au tri. Il se retourne aussitôt contre sa propre sévérité : « Combien de fois ne me faudrait-il pas tonner ces mots, si j'étais uniquement Justice ! Cependant l'Amour est plus grand que ma Justice. » Le temps laissé au pécheur — la chute une fois, deux fois, dix fois, soixante-dix fois — est présenté comme étant à la fois justice et amour, et c'est encore la même monnaie : elle vaut par sa durée. Le bilan est sombre. La plupart gâchent leur journée terrestre ; une minorité reste inerte par peur ; « seule une toute petite partie sait apprécier ma monnaie et la faire fructifier de dix pour cent » — le texte dit ici dix pour cent là où le premier serviteur disait dix fois plus. Le tout se referme sur Maria Valtorta : « Sois de ceux-ci, mon âme, et que ma paix soit avec toi pour t'aider dans cette œuvre. »

La parabole d'origine

C'est bien celle des mines, en Luc 19, 11-27, et non celle des talents de Matthieu 25, 14-30 : Jésus nomme lui-même sa source, et tous les détails repris sont ceux de Luc. Un homme de haute naissance part recevoir la royauté ; il confie à dix serviteurs une mine chacun avec l'ordre de la faire valoir jusqu'à son retour ; ses concitoyens envoient une délégation pour dire qu'ils ne veulent pas de lui comme roi. Au retour, le premier a gagné dix mines et reçoit dix villes, le deuxième cinq et cinq villes, le troisième a gardé la sienne dans un linge parce qu'il craignait un homme sévère ; sa mine est donnée au premier, et les citoyens rebelles sont exécutés.

Le choix de Luc n'est pas indifférent, car la parabole des talents ne se prêterait pas au même usage : Matthieu distribue cinq, deux et un talents « à chacun selon ses capacités », tandis que Luc donne à tous la même mine — ce qui est exactement ce qu'il faut pour figurer une vie, unique et égale en ceci qu'elle est donnée à chacun une fois. La fidélité en peu de choses et les dix villes viennent également de Luc ; seul le mot « paresseux » appartient plutôt au vocabulaire de Matthieu.

Le commentaire déplace trois choses. L'objet d'abord : la mine n'est plus un bien confié parmi d'autres, c'est le temps de vivre. Le nombre ensuite : les trois serviteurs deviennent quatre, et l'échelle des sorts se fait quaternaire — régner tout de suite, entrer, passer par le purgatoire, être exclu —, avec un état intermédiaire qu'aucune des deux paraboles évangéliques ne connaît. L'issue enfin : les citoyens qui refusent le roi et que Luc fait égorger disparaissent, mais leur refus se retrouve dans la bouche du quatrième serviteur, qui n'a pas cru au Royaume. Le châtiment cesse d'être une exécution collective pour devenir le sort d'un homme qui a choisi de ne pas croire.

Les mines — Les paraboles de Jésus