Les dix vierges
Les Cahiers de 1944, chapitre 147
Ce que le pape Urbain en fait
Le commentaire n'est pas ici une dictée : il est prononcé, à l'intérieur de la vision, par un personnage — le pape que Jésus nommera à la fin du chapitre, Urbain. Il commence par élargir l'auditoire de la parabole, d'un mot qui en change la portée :
« Propre aux vierges, cette parabole s'adresse néanmoins à toutes les âmes, puisque les mérites du sang du Sauveur et la grâce les rendent de nouveau vierges et font d'elles des enfants en attente de l'Époux. »
Les Cahiers de 1944, chapitre 147
Suit l'énumération de ceux qui pouvaient se croire exclus : « Souriez, vieillards affaiblis ; relevez la tête, patriciens qui étiez plongés jusqu'hier dans la fange du paganisme corrompu ; ne regrettez plus votre innocence d'enfant, vous les mères et les épouses. » La virginité dont il s'agit n'est plus un état du corps mais un état rendu : « Le repentir la nettoie, la volonté la purifie, mais l'amour, l'amour de notre saint Sauveur, cet amour qui vient de son Sang qui crie d'un cri d'amour, vous rend une parfaite virginité. » Et cette virginité restituée n'est pas celle du début d'une vie humaine, mais celle d'Adam et Ève avant que Satan ne passe sur leur innocence — c'est-à-dire une virginité que nul n'a jamais possédée par naissance.
Le prédicateur se tourne ensuite vers les vierges réelles, celles qui font couronne autour de l'autel, puis vers une seule d'entre elles, sans la nommer : « L'une d'entre vous se lèvera de cet autel pour aller à la rencontre d'un destin dont le nom peut être “mort”. » C'est Cécile. Son cas retourne le sens attendu de l'attente : elle va aux noces d'un homme, et sa foi n'est pas seulement pour elle-même, « mais elle croit aussi pour les autres et espère amener à cet autel celui qui demain sera aux yeux du monde son époux, mais aux yeux de Dieu son frère bien-aimé ». Le pape appelle cela « une double virginité », et il congédie la jeune fille par une phrase où les deux époux se superposent sans se confondre : « Lève-toi et souris à ton véritable Époux, chaste vierge du Christ, toi qui vas à la rencontre de l'homme en ayant les yeux tournés vers Dieu, et qui y vas pour amener l'homme à Dieu ! » La suite de la vision montre les noces, la nuit de veille passée à lire l'Évangile, et la conversion de Valérien à l'aube.
Ce que l'homélie retient de la parabole tient donc à peu de chose : des vierges, et l'attente d'un Époux. Rien des lampes, rien de l'huile de réserve, rien du sommeil ni du cri de minuit, rien de la porte fermée — et pas un mot des cinq folles. Le tri disparaît au profit de la restauration : là où la parabole séparait, le commentaire réintègre.
Jésus, qui commente le chapitre à son tour, ne revient pas sur la parabole ; il parle de la foi de Cécile et de la pureté, en poussant le déplacement dans l'autre sens — « Être pur ne veut pas dire être vierge. Il est des vierges impures, comme des pères et des mères purs. » Il ratifie l'homélie en une phrase, mais y rétablit ce qu'elle avait laissé tomber : « Le pape Urbain a parlé du retour des âmes à la virginité en renaissant et en demeurant en moi. Sachez y parvenir. Il ne suffit pas d'être baptisé pour être vivant en moi. Encore faut-il savoir le rester. » La vigilance de la parabole revient ainsi par la dernière porte.
La parabole d'origine
En Matthieu 25, 1-13, dix vierges prennent leurs lampes et sortent à la rencontre de l'époux. Cinq sont insensées et n'emportent pas d'huile en réserve, cinq sont sages et en prennent avec elles. L'époux tarde, toutes s'endorment. Au milieu de la nuit, un cri : le voici. Les insensées, dont les lampes s'éteignent, vont en acheter ; pendant ce temps l'époux arrive, celles qui étaient prêtes entrent avec lui aux noces, et la porte est fermée. « Je ne vous connais pas », leur répond-il ensuite. La conclusion est un avertissement : veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.
Le commentaire déplace le destinataire et l'issue. Le destinataire, en passant des vierges à toutes les âmes, y compris celles qui se croyaient hors de cause parce qu'elles ont un passé ou un mari. L'issue, en supprimant la porte close : la parabole évangélique dit ce qui est irréparable — l'huile ne s'emprunte pas, et l'on n'a pas le temps d'aller en acheter —, tandis que l'homélie dit ce qui se répare, jusqu'à l'innocence d'avant la faute. Reste un troisième déplacement, propre à la scène : l'attente de l'Époux, chez Cécile, ne se vit pas dans le retrait mais dans un mariage humain contracté pour sauver un païen.
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1944, chapitre 147 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.