La vigne et les sarments
Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, chapitre 18
Ce que la leçon en fait
L'image sert à répondre au quiétisme. Toute la leçon tient dans une distinction : oui, le Christ est mort pour tous, mais « ces “tous” doivent avoir une volonté de justice ». La vigne arrive pour montrer où passe exactement la part de Dieu et celle de l'homme — et le partage n'est pas celui qu'on attend.
Le déplacement est dans un seul mot. Jean fait dire à Jésus : demeurez en moi. La leçon cite le verset, mais en le récrivant : « Si vous ne demeurez pas greffés en moi, vous ne porterez aucun fruit ». Le sarment n'est plus une branche née de la souche et tentée de s'en détacher ; il vient d'ailleurs, il est sauvage, et il faut une opération pour l'unir à la vigne.
« Lui : Vigne féconde. Vous : sarments sauvages, incapables de donner du fruit. Son Père à lui, le cultivateur de la Vigne éternelle, le vôtre aussi, vous a pris, vous qui êtes des sarments inutiles et sauvages, et il vous a greffés sur lui. »
Leçons aux Romains, chapitre 18
Le second déplacement concerne la sève, et il est plus surprenant encore. Dans l'allégorie évangélique, la vie monte de la vigne au sarment. Ici la circulation s'inverse : c'est la vigne qui reçoit, et ce qu'elle reçoit la tue.
« Et lui a accepté d'absorber et de consommer tous vos sucs mortels, toutes vos fièvres de concupiscence au point de mourir dans sa chair victime sans que votre corruption ne trouble ni n'empoisonne son esprit saint d'éternel Innocent. »
Leçons aux Romains, chapitre 18
Quelques lignes plus haut, la même idée était dite par une image de sécheresse empruntée aux psaumes : pour faire vivre les sarments, le Christ « s'est desséché comme un tesson », en versant son Sang, « la sève vitale de la vraie Vigne ». La greffe n'est donc pas une opération de jardinage mais la Passion elle-même.
Reste ce que la greffe ne dispense pas de faire, et c'est le point de la leçon : le sarment greffé peut encore se laisser mourir. « Vous êtes morts au péché. Un mort ne fait plus ce qu'il faisait de son vivant. » Le fruit attendu, du reste, n'est pas ici l'œuvre présente mais la gloire finale — que les esprits sanctifiés « auront revêtu leur chair incorruptible » à la fin des siècles.
L'image d'origine
Jean 15, 1-8 n'est pas une parabole au sens strict : c'est une allégorie du discours après la Cène, où Jésus s'identifie lui-même à la chose comparée. « Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. » Tout sarment qui ne porte pas de fruit, le Père l'enlève ; celui qui porte du fruit, il l'émonde pour qu'il en porte davantage. Le sarment ne peut rien de lui-même s'il ne demeure sur le cep ; séparé, il sèche, on le ramasse et on le jette au feu.
Le commentaire garde le cep, le Père vigneron et les sarments secs, mais change le geste : à l'émondage il substitue la greffe. Chez Jean, le risque est de partir ; ici, l'homme est étranger à la vigne par nature et son appartenance est un don qui a coûté une mort. La leçon se donne ainsi le moyen de refuser les deux excès qu'elle vise : le sarment sauvage ne peut se prévaloir d'aucun mérite, mais il n'est pas non plus dispensé de tenir.
Passages cités : Maria Valtorta, Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, chapitre 18 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.