Le festin des noces royales
Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, chapitre 43
Ce que la leçon en fait
La parabole n'est pas racontée. Elle est ramenée à une proposition unique, donnée avec sa référence, et rangée avec deux autres passages de Luc sous une même rubrique — l'orgueil qui fait perdre la place :
« En d'autres circonstances (voir le chapitre 22 de Mathieu, et les chapitres 14 et 18 de Luc), il avait enseigné que les appelés ne sont pas tous élus, si par orgueil ils manquent de respect envers leur Roi bienveillant. »
Leçons aux Romains, chapitre 43
Le motif du refus change donc. Chez Matthieu, les invités se dérobent par indifférence et par intérêt — leur champ, leur commerce. Ici, un seul ressort est retenu, et c'est un manque d'égards : le mépris d'un Roi trop bon pour être craint. Ce qui vaut d'abord d'Israël, préparé pendant des siècles et qui n'a pas reconnu l'invitation quand elle est venue sous des vêtements humbles.
Puis la leçon fait un pas que l'Évangile ne fait pas : elle demande à qui la parabole était adressée en particulier.
« Le Maître parlait pour tous. Mais qui avait-il à l'esprit ? qui visait-il sous le voile des paraboles et des leçons ? »
Leçons aux Romains, chapitre 43
La réponse donne deux noms propres. « Il visait Pierre, l'humble qui a été exalté à cause de son humilité, sa droiture et sa bonté » — à lui reviennent le Royaume spirituel, la Papauté, et le Royaume céleste, la sainteté. Et il visait Judas, en qui « même un soupir était fait avec duplicité » :
« Judas, lui, l'intelligent vaniteux, devenu malveillant envers le Roi infiniment bienveillant, a fini par être exclu du Royaume de Dieu et jeté dans l'obscurité et les tourments de l'enfer. »
Leçons aux Romains, chapitre 43
L'appelé qui n'est pas élu cesse ainsi d'être une silhouette anonyme, et les ténèbres extérieures sont nommées sans détour. De cette lecture la leçon tire une consigne de méthode, qui vaut pour tout le reste du corpus : « Il serait nécessaire de méditer sur les Evangiles et sur les caractères des Apôtres bien plus profondément que généralement vous ne le faites. » La parabole est donnée comme un portrait avant d'être donnée comme une menace.
La parabole d'origine
Matthieu 22, 1-14. Un roi fait les noces de son fils. Les invités se dérobent, puis maltraitent et tuent les serviteurs envoyés les chercher ; le roi châtie les meurtriers et fait ramasser aux carrefours tous ceux que l'on trouve, bons et mauvais, jusqu'à ce que la salle soit pleine. Un convive s'y trouve sans habit de noces : on le jette dehors. « Beaucoup d'appelés, peu d'élus. » Luc 14, 15-24 rapporte la même invitation sous une forme plus sobre — un grand souper, des excuses polies, des pauvres, des estropiés, des aveugles ramenés des rues et des chemins — sans habit de noces ni expédition punitive ; c'est du reste à Luc 14 que renvoie la leçon pour les premières places réservées aux humbles, et à Luc 18 pour la prière du pharisien et celle du publicain.
Le commentaire déplace les trois termes. Le destinataire : Israël d'abord, puis nommément Pierre et Judas. Le point d'application : non plus la préférence donnée aux affaires du monde, mais l'orgueil qui refuse de recevoir quelque chose d'un plus petit que soi. L'issue enfin : l'exclusion n'est plus une nuit indéterminée, elle est l'enfer, et elle a un occupant identifié.
Passages cités : Maria Valtorta, Leçons sur l'Épître de saint Paul aux Romains, chapitre 43 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.