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Parabole de l'évangile reprise et commentéeCahiers de 1943Chapitre 53Le 10 juillet

Les deux fils

Les Cahiers de 1943 — 10 juillet 1943. Jésus entre en matière sans préambule : « Écoute, Maria. Tu connais la parabole du père qui a deux fils… » La dictée est reçue à sept heures du matin ; Maria Valtorta note en fin de chapitre que sa mère traverse « une période féroce ».
Les Cahiers de 1943, chapitre 53

Ce que Jésus en fait

Le commentaire commence par écarter la lecture attendue : « Je ne veux pas ici te faire méditer sur les devoirs des enfants et sur la beauté de l'obéissance. Non. » Le regard se déplace aussitôt du côté du père, que l'Évangile ne met jamais en cause :

« Je veux seulement dire que peut-être ce père n'était pas un modèle de père. La preuve : ses enfants ne l'aimaient pas : l'un ment, l'autre répond par un refus qu'il surmonte ensuite par un effort surhumain. »

Les Cahiers de 1943, chapitre 53

De là, une lecture symétrique du quatrième commandement. « Père et mère tu honoreras » demeure, et l'enfreindre est un péché puni par la Justice divine. Mais la réciproque est posée aussitôt : « Mais la Justice ne serait pas justice si elle n'employait pas la même mesure avec ceux qui n'honorent pas les enfants. » Jésus rappelle le sens ancien du mot honorer — « traiter une personne avec des égards révérentiels » — et conclut que les parents doivent cet égard aux êtres que Dieu leur a confiés.

Une seconde parabole vient alors se greffer sur la première : « Chaque enfant est un talent que le Seigneur a confié à un de ses serviteurs. » Le serviteur qui laisse le talent inerte encourt « un long châtiment » ; celui qui « dissipe et tue l'âme de son enfant » encourt « la peine éternelle ».

Puis le passage change d'échelle : « Ceci est vrai en général. Passons maintenant à ton cas particulier. » L'application est nommée, et c'est la mère de la destinataire. La consigne est un mode d'amour, non un jugement :

« Sais-tu comment tu dois aimer ta mère pour pouvoir continuer à l'aimer ? D'un amour uniquement spirituel. L'autre… est inutile. Elle ne le voit pas, ne le comprend pas, ne le sent pas. Et elle le piétine, te faisant saigner dans ton humanité. »

Les Cahiers de 1943, chapitre 53

Jésus s'impose ensuite une réserve explicite, qui vaut d'être relevée : « Je ne t'en dis pas plus, car tu es sa fille et je ne voudrais pas qu'ensemble nous manquions à l'honneur dû à une mère. Je suis Dieu et Juge : je pourrais le faire, mais avec toi, je ne veux pas. Même si un parent agit mal, il faut le respecter car il est ‘parent’. » Le commentaire s'arrête donc là où il pourrait accuser, et laisse le jugement hors de la conversation : « Quant à elle, laisse-moi ma responsabilité de Juge. »

Ce qui reste à faire est reformulé en termes de charité et d'infirmité. Il est admis que la considérer « comme femme » rend l'honneur impossible ; il est demandé de la considérer comme « une âme fille de Dieu et très, très, très rudimentaire », et de lui appliquer la pitié qu'on a pour les infirmes et les petits enfants : « y a-t-il enfance spirituelle plus grande que celle de ta mère ? Et y a-t-il infirmité spirituelle plus sévère que celle de ta mère ? Embrasse donc son esprit lourd et obscur et lève-le vers la Lumière. »

Le modèle proposé est enfin christologique : l'amour spirituel est celui que Jésus a eu pour ceux dont il savait qu'ils le trahiraient, le renieraient, le fuiraient, « car ma chair et mon sang frémissaient de répulsion quand ils sentaient les lâches, les renieurs et surtout le traître tout proches ». Beaucoup furent sauvés ainsi, précise-t-il : « Seuls ceux qui étaient entièrement possédés du démon, je dis bien entièrement, résistèrent au bain purificateur de mon amour spirituel. » Il nomme Judas, Caïphe et Anne.

Le chapitre se termine par une note de Maria Valtorta : la dictée reçue à sept heures, et à onze heures une scène si violente que, selon son médecin, elle a failli mourir. Elle conclut : « J'obéis à Jésus et j'offre cette douleur physique et morale pour son âme. »

La parabole d'origine

Matthieu 21, 28-32. Un homme a deux fils. Il dit au premier d'aller travailler à la vigne ; celui-ci répond qu'il n'ira pas, puis se repent et y va. Il dit la même chose au second, qui répond « J'y vais, seigneur », et n'y va pas. Jésus demande : « Lequel des deux a fait la volonté du père ? » et applique la réponse aux chefs des prêtres et aux anciens : les publicains et les prostituées les précèdent dans le Royaume de Dieu. Dans la dictée, l'ordre des deux fils est inversé — le menteur est cité en premier — mais la matière est la même.

Le commentaire déplace trois choses. Le sujet : la question n'est plus de savoir lequel des deux fils a fait la volonté du père, mais si ce père méritait d'être aimé, et le personnage que l'Évangile laisse hors de cause devient le point d'application. Le destinataire : ce ne sont plus des autorités religieuses interpellées en public, mais une femme malade à qui l'on parle de sa mère. L'issue : l'Évangile conclut sur un renversement de préséance dans le Royaume ; ici la conclusion est une pratique — aimer d'un amour uniquement spirituel, et suppléer par la charité filiale ce qui manque à l'autre.

Les deux fils — Les paraboles de Jésus