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Parabole de l'évangile reprise et commentéeCahiers de 1943Chapitre 169Le 10 novembre

Le semeur

Les Cahiers de 1943 — 10 novembre 1943. Jésus prévient d'abord qu'il va se répéter, et l'assume — « Depuis vingt siècles, ma voix répète les mêmes choses ». Puis il donne sa consigne à Maria Valtorta : « écris une fois de plus l'explication de la parabole du semeur », mais cette fois « pour une catégorie spéciale de personnes dont l'erreur m'attriste ».
Les Cahiers de 1943, chapitre 169

Ce que Jésus en fait

Il rappelle d'abord le récit en quatre lignes — le chemin, la pierre, les ronces, le bon terrain — puis pose que « la Parole de Dieu est semence de vie éternelle » et qu'elle est « entravée de toute part et par beaucoup de choses ». De toutes ces entraves il n'en retient qu'une, le rationalisme, qu'il dit « aussi meurtrière, je dirais, et peut-être plus, que le péché lui-même » — et il chiffre l'écart :

« Le pécheur dont l'esprit n'est pas rongé par le rationalisme a quatre-vingt-dix chances sur cent de savoir accueillir la Parole et de retrouver la Vie. Le rationaliste n'en a que dix, et même moins, de conserver sa capacité de salut par la Parole. »

Les Cahiers de 1943, chapitre 169

Tout le commentaire tient dans ce déplacement : les quatre terrains ne figurent plus quatre manières de perdre la Parole, mais quatre degrés d'une seule maladie de l'intelligence. Jésus les annonce dès le départ comme quatre erreurs — « erreur d'imprudence chez les uns, erreur d'orgueil chez les autres, erreur de révolte chez d'autres encore et de scandale dans une autre catégorie » — puis les développe dans l'ordre inverse de son annonce, en commençant par la plus lourde. Viennent d'abord les « surhommes », les négateurs de Dieu, en qui « la Parole ne descend guère » ; puis les gens cultivés, qui « ne nient pas Dieu » mais qui « recouvrent d'une broussaille d'érudition humaine la simplicité divine » ; puis « ceux qui ont pavé leur propre cœur avec les pierres du rationalisme d'autrui afin de le rendre moins ignorant », adorateurs des savants et des idoles humaines ; enfin les imprudents, qui accueillent tout : « Ils sont des rues ouvertes à toute circulation. »

La deuxième catégorie est celle que Jésus détaille le plus, et c'est là que la parabole est le plus visiblement retournée. Les ronces de l'Évangile — les soucis du monde, la richesse, les plaisirs — deviennent le savoir lui-même :

« La Parole descend en eux et met racine. Mais ils la recouvrent d'une abondante frondaison et elle meurt étouffée sous les feuilles inutiles de leurs connaissances humaines. »

Les Cahiers de 1943, chapitre 169

L'érudition n'est donc pas un obstacle extérieur : c'est une végétation qui pousse sur le même sol et prend la lumière. Jésus l'illustre par deux images successives, les « paons orgueilleux de leur queue aux cent yeux », qui ne savent ni marcher dans la voie du Seigneur ni chanter ses louanges, et le sourd qui crie pendant que son interlocuteur parle doucement, si bien que « le vacarme de sa voix couvre les paroles de l'autre ». D'où la formule qui résume la catégorie : « Par une trop grande érudition, ils érigent Babel en eux-mêmes. » Le rationalisme lui-même est décrit comme un agent invisible plutôt qu'une doctrine : contrairement aux grandes hérésies, qui naissaient d'une foi et faisaient « grand bruit » — de sorte qu'on savait où passait la frontière —, il « pénètre inaperçu » ; « elle est comme un gaz », « c'est un virus ».

Le remède est énoncé sous forme de litanie, et cette litanie redistribue tous les éléments agricoles de la parabole : le sang qui féconde le sol, l'amour qui est le soleil faisant pousser l'épi, et la science du Christ « qui, tel le soc de la charrue, ouvre et défriche votre glèbe et la rende apte à recevoir la semence ». Le bon terrain, enfin, est décrit par une seule qualité, celle d'être meuble : « Bienheureux ceux qui, mous comme de la terre à peine remuée, n'ont de pierres ni pour leurs frères et sœurs, ni pour la Parole. »

La parabole d'origine

Matthieu 13, 1-9 et son explication en 13, 18-23 ; Marc 4, 1-20 ; Luc 8, 4-15. Un semeur sort semer ; le grain tombe sur le chemin et les oiseaux le mangent, sur la pierre où il lève et sèche, dans les ronces qui l'étouffent, dans la bonne terre où il porte trente, soixante et cent pour un. C'est l'une des rares paraboles que Jésus explique lui-même dans l'Évangile, aux disciples et à part : le chapitre 169 est donc une explication d'explication, ce que dit sans détour son « une fois de plus ».

Le rappel du récit suit la version de Luc — la semence tombe « sur la pierre » et sèche « par manque d'humidité », détail propre au troisième évangile — tandis que les rendements finaux reprennent la série de Matthieu, avec cinquante à la place de soixante.

Le déplacement porte sur trois points. D'abord la cause : dans l'Évangile, les quatre issues tiennent au Malin, à la superficialité, à la persécution, aux soucis et aux richesses ; ici, à une seule chose, l'orgueil de l'intelligence sous ses formes successives. Ensuite les correspondances, qui ne sont plus données terme à terme : seules la pierre et les ronces sont clairement rattachées à leur catégorie, les deux autres restent allusives. Enfin le rendement, que l'Évangile laisse inexpliqué et que le commentaire indexe sur une seule mesure : la Parole porte ses fruits, « parfois trente, parfois cinquante, parfois cent — d'autant plus qu'en eux l'amour est vaste ».

Le semeur — Les paraboles de Jésus