Toutes les paraboles
Parabole de l'évangile reprise et commentéeCahiers de 1944Chapitre 3Le 3 janvier

Le bon Samaritain

Les Cahiers de 1944 — 3 janvier 1944. Une dictée très brève, sans question préalable ni préambule : quatre paragraphes qui forment tout le chapitre. Jésus ouvre par une identification et n'en sort pas.
Les Cahiers de 1944, chapitre 3

Ce que Jésus en fait

Il ne raconte pas la parabole, il l'occupe. La première phrase suffit à distribuer les rôles pour tout le reste :

« Je suis le bon Samaritain. Je suis le seul à avoir pitié de vos blessures et, poussé par l'amour, je me penche sur vous pour verser sur vous l'huile et le vin, sans répugnance et sans me lasser. »

Les Cahiers de 1944, chapitre 3

Le déplacement décisif tient dans le pronom : le blessé n'est plus un inconnu au bord d'une route, c'est « vous », le lecteur. Les autres personnages suivent. Le brigand devient un seul agresseur, nommé — « Satan, ce voleur, vous assaille, vous blesse, puis vous abandonne » — et les deux passants qui, chez Luc, voient et changent de côté, sont remplacés par une figure collective : « Le monde vous regarde et se gausse de vous, quand il ne va pas jusqu'à se joindre à Satan pour vous blesser. » L'indifférence devient moquerie, et la moquerie complicité.

Reste l'huile et le vin, que la parabole évangélique mentionne en passant comme un geste de soin ordinaire, et que Jésus rapporte ici à sa Passion, terme à terme. Le vin est son sang, « tiré de mes veines comme d'une grappe mise dans le pressoir, moins du fait des bourreaux qu'en raison de l'amour pour vous qui m'a poussé entre leurs mains » ; l'huile est sa miséricorde, celle « qui jaillit de mon cœur transpercé même après ma mort, afin que même mon cadavre n'ait été exempt d'offense et que pas la moindre goutte de mon sang n'ait été gardée pour moi ». Le soin du Samaritain cesse d'être un secours porté de l'extérieur : il coûte au soignant sa propre substance.

Un dernier renversement organise le paragraphe : c'est un échange, et il est inégal. « En échange de tout le fiel et le vinaigre que vous me donnez, ô hommes qui m'offensez dans ma nature et dans mon enseignement », Jésus rend du vin et de l'huile. Les deux liquides de la croix sont retournés en deux liquides de guérison. La dictée s'achève sur trois impératifs, qui ne demandent rien d'autre que de se laisser faire : « Ne repoussez pas l'Ami qui veut vous sauver. Laissez-vous soigner par lui. Venez à celui qui vous aime. »

La parabole d'origine

Luc 10, 25-37, seul évangile à la rapporter. Un docteur de la Loi demande à Jésus « et qui est mon prochain ? ». Un homme descend de Jérusalem à Jéricho, tombe aux mains des brigands, est laissé à demi mort ; un prêtre passe et s'écarte, un lévite aussi ; un Samaritain, lui, s'approche, verse l'huile et le vin sur les plaies, charge l'homme sur sa monture, le conduit à l'auberge et paie deux deniers à l'aubergiste.

Trois éléments du récit disparaissent ici : le prêtre et le lévite, la route de Jéricho, l'auberge avec ses deux deniers et la promesse de revenir. Il ne reste que la scène du bord du chemin.

Le déplacement principal porte sur la question posée. Chez Luc, la parabole répond à « qui est mon prochain ? » et se conclut sur un ordre d'imitation : « Va, et toi aussi, fais de même » — l'auditeur est renvoyé à la place du Samaritain. Ici, l'auditeur est mis à la place du Blessé, et rien ne lui est demandé que d'accepter les soins. La parabole de la charité fraternelle devient une parabole de la Rédemption. Un autre passage des Cahiers, au chapitre 119 de la même année, opère un troisième retournement, où Jésus prend lui-même la place du Blessé.

Le bon Samaritain — Les paraboles de Jésus