La Samaritaine et l'eau vive
Les Cahiers de 1944, chapitre 18
Ce que Jésus en fait
Le chapitre n'est pas une parabole mais un rappel d'épisode : Jésus cite ses propres paroles au puits de Sychar, comme il vient de citer les béatitudes et le verre d'eau, et comme il vient d'évoquer Marthe, « celle dont parle l'Évangile », qui « était autrefois bien meilleure » parce qu'elle ne se moquait pas de l'amour de sa sœur. Ces trois rappels servent le même grief : la personne visée manque de charité envers un malade qu'il faut soigner — Jésus se dit d'ailleurs obligé de se pencher sur Maria « tel un bon Samaritain divin, pour en soigner les plaies et en restaurer les forces par mon amour plein de pitié ».
Le rappel de Jean est fait mot pour mot :
« J'ai dit à la femme de Samarie : "Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle." »
Les Cahiers de 1944, chapitre 18
L'application est immédiate, et elle change entièrement le point d'appui. Chez Jean, la promesse porte sur l'eau ; ici, tout se joue sur le récipient. Jésus poursuit sa phrase par un « mais si » qui conditionne la promesse à l'état du cœur qui la reçoit — et il décrit deux échecs distincts, non pas un. Le premier est l'imperméabilité : le communiant « reste du marbre qui ne s'imbibe pas ». Le second est la fuite :
« si — à cause de son manque de foi et de charité véritables — il reste un bassin de marbre impénétrable sinon même un bassin perforé par ce manque de foi pure et de charité, comment puis-je devenir en lui source d'eau vive jaillissant en vie éternelle ? »
Les Cahiers de 1944, chapitre 18
Le marbre n'absorbe pas, le bassin percé ne retient pas. Dans les deux cas la source est bien venue, et elle repart : « En vérité, je m'enfuirai de chez lui aussitôt après y être venu, car je n'aime ni les incrédules ni ceux qui manquent de charité, et je le laisserai chaque fois vide et aride comme auparavant. » L'eau vive, chez Jean irréversible — celui qui en boit n'aura plus jamais soif —, devient ici révocable, et révocable à chaque communion. La leçon est énoncée sans image : « Tel est le destin de ceux qui attendent que Dieu fasse tout le miracle sans faire le moindre effort pour s'améliorer. »
Le déplacement s'inscrit dans un chapitre déjà tout entier occupé par des figures d'inertie : le pommier très doux qui « produise des fruits sauvages » et qui le reste faute d'accueillir la parole avec foi, et plus loin les oiseaux insouciants qui n'entendent pas l'avertissement et que l'oiseleur attend, filet en main. Le passage se referme sur une consigne à Maria seule : « Dépasse ta répugnance humaine, Maria. Tu as des joies qui la compensent au centuple. »
L'épisode d'origine
Jean 4, 1-42. Jésus, fatigué de la route, s'assied au puits de Jacob, à Sychar en Samarie ; il demande à boire à une femme venue puiser à la sixième heure. De l'eau du puits il passe à une autre eau, celle qui devient « une source jaillissant en vie éternelle » ; la femme la demande, laisse là sa cruche et va prévenir la ville. C'est un dialogue, non une parabole — le recensement le note à juste titre — mais la comparaison des deux eaux y a la forme d'une image, et c'est cette image seule que le chapitre reprend.
Trois choses changent. Le destinataire d'abord : à Sychar, l'eau vive est offerte à une pécheresse notoire et étrangère, qui la reçoit ; ici, elle est offerte à un baptisé qui communie et qui ne la retient pas — le scandale a changé de camp. Le mode de don ensuite : l'eau promise au puits est reçue par la parole et par le désir, tandis que le commentaire la fait passer « sous les espèces eucharistiques », c'est-à-dire par un geste répété, dont la répétition même mesure l'échec. La durée enfin : chez Jean, la source est donnée une fois et jaillit d'elle-même ; dans la dictée, elle dépend à chaque fois de la foi et de la charité de celui qui la reçoit, faute de quoi elle s'en va.
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1944, chapitre 18 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.