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96Troisième année de vie publiqueChapitre 422Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole du serviteur qui rentre du travail

Troisième année de vie publique — Au bord du Jourdain, le soir, avant de passer le fleuve à l'aube ; Judas Iscariote vient d'exiger d'être traité comme Jean, au nom de tout ce qu'il a donné, et Jésus répond aux Douze sous la lune finissante.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 422

Le récit

La parabole naît d'une revendication. Judas vient de rappeler à Jésus que les apôtres lui ont tout donné, et d'en tirer une conséquence : « Tu es obligé de nous satisfaire à cause de ce que nous faisons. » Jésus l'a fait relever de terre et se comporter en homme, puis il s'adresse à tous.

Il ne construit pas une fiction : il renvoie chacun à son propre métier. Il y a là des pêcheurs, des propriétaires terriens, des artisans, et Simon le Zélote qui avait un serviteur. Quand vos matelots rentraient, quand vos journaliers avaient fini la vigne, quand vos apprentis quittaient l'atelier — vous mettiez-vous à les servir ?

Non. Tout maître dit : « Fais-moi à dîner, mets-toi en tenue et, avec des vêtements propres, sers-moi pendant que je mange et que je bois. Ton tour viendra ensuite. » Et Jésus ajoute que cela n'est pas de la dureté de cœur : l'obligation est réciproque et distincte — le maître doit être humain, le serviteur doit ne pas être paresseux. Puis la question qui ferme la démonstration : supporteriez-vous que vos ouvriers vous disent « à ton tour de me servir, puisque, moi, j'ai travaillé » ?

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, sous la forme d'une phrase à se dire à soi-même.

« Vous verrez que vous êtes toujours restés en-deçà de ce qu'il était juste de faire pour être au niveau de tout ce que vous avez reçu de Dieu. Vous devrez donc toujours dire : “ Nous sommes des serviteurs inutiles, puisque nous n'avons fait que notre devoir. ” »

EMV 422.7

Le raisonnement est comptable, et Jésus l'assume comme tel : ce qui a été reçu excède toujours ce qui sera rendu, donc la créance est impossible. Le bénéfice annoncé n'est pas moral mais psychologique — « vous ne sentirez plus de prétentions ni de mécontentements s'élever en vous ». La formule du serviteur inutile est présentée comme un remède contre l'amertume.

Mais la parabole reçoit aussitôt un correctif, et c'est ce qui la distingue. Pierre donne un coup de coude à Jean pour qu'il pose la question qu'il n'ose pas poser : peut-on faire plus que son devoir ? Jean la pose. Et Jésus concède :

« Le Seigneur est si bon qu'il ne mesure pas ce que vous lui donnez, selon sa mesure infinie, mais selon la mesure limitée des capacités humaines. Et quand il voit que vous avez donné sans parcimonie, dans une mesure bien pleine, débordante, généreuse, alors il dit : “ Ce serviteur m'a donné plus que son devoir ne le lui imposait. Aussi vais-je lui accorder la surabondance de mes récompenses. ” »

EMV 422.8

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une parabole et son antidote. Le texte canonique s'arrête à « nous sommes des serviteurs inutiles ». Ici, le récit continue de six lignes et se retourne : Dieu change d'unité de mesure. Rapportée à sa mesure infinie, la générosité humaine reste nulle ; rapportée à la capacité de l'homme, elle peut déborder. La parabole enseigne donc deux choses successives — nul ne peut créancier Dieu, et pourtant Dieu se laisse dépasser.

Ce sont les deux plus attachés qui protestent. La question ne vient pas de Judas, à qui la leçon était destinée, mais de Pierre et de Jean — ceux qui veulent aimer davantage et refusent qu'on leur dise que c'est sans effet. Le désir de faire plus que son devoir est traité comme légitime, non comme une prétention. Judas, lui, ne dit plus rien.

Le maître de la parabole n'est pas Dieu. Jésus décrit un patron ordinaire, dont il justifie explicitement le comportement — « on ne peut pas dire que cela soit de la dureté de cœur ». Puis il fait dire à Dieu exactement l'inverse de ce que ferait ce patron. La comparaison sert de repoussoir autant que de modèle : elle établit ce qui serait juste, pour faire apparaître que Dieu ne s'y tient pas.

Le contraste avec le chapitre voisin. Ailleurs dans l'Évangile de Valtorta, le maître qui trouve ses serviteurs vigilants se ceint lui-même et les sert à table. Ici, il est dit que jamais un maître ne ferait cela. Les deux images ne se contredisent pas : l'une décrit ce qu'un serviteur peut exiger — rien —, l'autre ce qu'un maître peut choisir de donner.

Résonances bibliques

  • Luc 17, 7-10 — le texte canonique, avec la même mise en scène du serviteur qui rentre des champs et la même conclusion : « Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. »
  • Luc 12, 37 — le renversement : « il se ceindra, les fera mettre à table et passera pour les servir ». C'est exactement ce que la parabole présente ici comme impensable de la part d'un maître.
  • Jean 13, 4-5 — le lavement des pieds : quelques semaines plus tard, Jésus fera lui-même ce qu'il décrit ici comme hors de toute obligation.
  • Luc 6, 38 — « une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante » : la formule que Jésus emploie pour la générosité surabondante est celle-là même de la récompense.
  • 1 Corinthiens 4, 7 — « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » : le principe qui fonde l'impossibilité de la créance.
  • Romains 11, 35 — « Qui lui a donné le premier, pour qu'il ait à recevoir en retour ? »
Parabole du serviteur qui rentre du travail — Les paraboles de Jésus