Parabole du jardin de l'Église
Les Cahiers de 1943, chapitre 48
Le récit
Un grand roi possède un palais entouré d'un jardin. Il a semé lui-même les plus belles fleurs, épandu les engrais, dressé au centre une fontaine à sept bouches dont les eaux courent partout. Puis, pour des raisons qui lui appartiennent, il a cessé de sortir du palais et confié le jardin à un jardinier, qui dispose lui-même de nombreux aides.
En l'absence du roi, le Malin est entré et a semé à son tour. Les mauvaises herbes — malsaines, épineuses, vénéneuses — ont gagné les plates-bandes, absorbé les humeurs de la terre et empêché le soleil de descendre jusqu'aux petites plantes. Le jardinier et ses aides sarclent, extirpent, redressent les tiges pliées ; mais tandis qu'ils travaillent ici, le Malin travaille là, et le jardin garde son air désolé. Serpents, crapauds et limaces profitent du désordre pour nicher, ronger, baver.
Tout n'est pas perdu. Quelques plantes robustes résistent et montent haut vers le ciel, quelques plates-bandes tiennent encore, surtout de lys et de roses. Mais les bordures de marguerites et de violettes sont presque entièrement effacées.
Vient enfin le jour où le roi sortira. Il ne reconnaîtra plus son jardin. Il arrachera les mauvaises herbes, écrasera les bêtes visqueuses, cueillera les fleurs restées belles pour les emporter dans son palais — et effacera le jardin à jamais.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, et de la manière la plus explicite qui soit : la parabole à peine finie, il enchaîne sur « Maintenant, écoute bien l'explication » et traduit chaque élément, un par un.
Le roi est Jésus Christ ; le jardin, son Église militante ; le jardinier, Pierre, et ses aides les prêtres ; les fleurs, les baptisés ; les engrais, les vertus et surtout le Sang répandu ; les sept bouches de la fontaine, les sept sacrements ; les graines nocives, les vices semés par Satan ; les serpents et les limaces, les tentations ; les lys et les roses, les âmes virginales et aimantes ; les marguerites, l'innocence ; les violettes, la pénitence.
Le point de la parabole n'est pourtant pas dans cette table de correspondances, mais dans le diagnostic qu'elle permet — et qui vise deux responsables, non un seul :
« Le désordre vient du fait que les bonnes plantes n'ont pas réagi et se sont laissé étouffer par les mauvaises qui annulent les bienfaits de mon Sang, de mes sacrements, du soleil de la Grâce. »
Cahiers de 1943, chapitre 48
Et aussitôt après, l'autre moitié du reproche : le Jardinier suprême et ses vrais aides n'y arrivent pas « à cause de la mauvaise volonté et de la paresse de nombreux faux jardiniers qui ne se fatiguent pas à leur saint devoir ». Les âmes n'appellent pas au secours quand la tentation les dépasse ; le clergé n'accourt pas toujours quand elles appellent. Les deux négligences se répondent.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Une parabole du bon grain et de l'ivraie déplacée d'un cran. Le schéma est celui de l'Évangile : un maître sème du bon, un ennemi sème du mauvais pendant qu'on dort, la séparation est renvoyée à la moisson. Mais là où la parabole évangélique ordonne d'attendre — « laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson » —, celle-ci montre des jardiniers qui sarclent sans relâche et n'y suffisent pas. Le déplacement est net : la patience du maître y devient l'insuffisance des serviteurs.
L'absence du roi. Le texte prend soin de ne pas l'expliquer : le roi ne sort pas « pour ses raisons à lui ». C'est le ressort de toute la parabole — sans cette absence, ni le Malin ni la négligence n'auraient de place. On peut y lire une manière de dire le temps de l'Église, celui qui s'étend entre l'Ascension et le retour, et dont la caractéristique première est précisément que le maître n'y est pas visible.
Ce que devient le jardin. La fin est plus dure qu'il n'y paraît : le roi n'assainit pas son jardin, il l'« efface à jamais ». Rien n'est réparé, rien n'est replanté ; on sauve ce qui a tenu, et le lieu disparaît. L'Église militante, dans cette image, n'a pas vocation à durer mais à fournir.
Résonances bibliques
- Matthieu 13, 24-30 — le bon grain et l'ivraie : même ennemi, même semaille nocturne, même tri final.
- Isaïe 5, 1-7 — le chant de la vigne : Dieu bêche, épierre, plante du plant de choix, et n'obtient que des fruits sauvages. Le grief est identique, et la conclusion aussi : la clôture est arrachée.
- Genèse 2, 8-15 — un jardin planté par Dieu, confié à l'homme « pour le cultiver et le garder », et où le serpent entre.
- Cantique 4, 12-16 — le jardin clos avec sa fontaine ; ici la fontaine est à sept bouches, et le nombre fait le commentaire.
- Jean 15, 1-2 — « Mon Père est le vigneron » : le même Dieu jardinier, mais qui taille au lieu d'arracher.
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1943, chapitre 48 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.