Parabole du cheval préféré
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 61
Le récit
Un roi possède des écuries pleines de bêtes magnifiques, mais il en aime une entre toutes. Il l'a désirée avant même de l'avoir ; il l'a placée dans un enclos privilégié où il vient sans cesse la contempler, rêvant d'en faire la fierté de son royaume.
Le cheval se cabre, désobéit, s'enfuit chez un autre maître. Le roi châtie — mais promet le pardon, et continue de loin à envoyer présents et gardiens pour entretenir son souvenir. En vain : l'animal souffre sous le fouet de ses nouveaux maîtres, appelle son roi en pleurant, sans jamais vouloir vraiment lui revenir. Il n'en a pas la volonté. Et quand il est à bout, il n'accuse pas sa faute : il accuse le roi.
Alors le roi tente un dernier moyen. Il a envoyé des messagers, il a envoyé des amis ; il enverra son fils — celui qui a son cœur même, et qui parlera avec son amour.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Il ne l'expose pas : il la fait prononcer par ses auditeurs. Ce roi aimait-il son cheval ? L'animal pouvait-il se plaindre de ce qu'il avait souffert ? Quel était son devoir ? La foule répond d'elle-même que le cheval devait se montrer meilleur encore qu'on ne le lui demandait — et qu'à défaut il serait « pire qu'une bête sauvage ». Jésus n'a plus qu'à refermer le piège :
« Mes amis, vous avez bien jugé. Agissez donc, vous aussi, comme vous voudriez que ce cheval l'ait fait. »
EMV 61.2
La clé suit immédiatement, sans énigme : le roi est Dieu, le cheval est l'homme, sa créature de prédilection ; les messagers sont les prophètes, et le fils est Celui qui parle. D'où l'avertissement — « Malheur à celui qui, étant homme, s'abaisse à un degré inférieur à celui de l'animal ! » — et surtout le vrai tranchant de la parabole : l'ignorance ne peut plus servir d'excuse. Les siècles avaient recouvert la Loi de poussière ; elle vient d'être redonnée. Après le Fils, nul ne pourra plaider qu'il ne savait pas.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
Le procédé. Jésus ne démontre rien, il fait juger. L'auditoire prononce la sentence sur un cas où rien ne le menace — un cheval — et découvre ensuite que le cheval, c'est lui. On ne peut plus se rétracter sans se contredire. C'est la manœuvre du prophète Natân devant David (2 S 12, 1-7) : tu es cet homme.
La scène qui suit. Le chapitre ne s'arrête pas à la parabole. Jésus fait aussitôt avancer les pauvres pour leur distribuer une aumône, et un vieillard aisé se glisse parmi eux pour réclamer sa part ; éconduit, il accuse Jésus d'injustice devant la foule. Le cheval vient de descendre du récit : comblé, il accuse celui qui donne. Valtorta ne souligne nulle part ce rapprochement — mais dans la composition du chapitre, il est difficile de le tenir pour fortuit.
Résonances bibliques
- Les vignerons homicides — Mt 21, 33-41 ; Mc 12, 1-9 ; Lc 20, 9-16. Même architecture : le maître envoie ses serviteurs, puis son fils ; et même procédé, l'auditoire prononçant la sentence contre lui-même. Le cheval préféré en est la version douce, adressée à une foule et non à des adversaires.
- Isaïe 1, 3 — « Le bœuf connaît son propriétaire, et l'âne la crèche de son maître ; Israël ne connaît pas. » Le motif de l'homme qui descend plus bas que la bête est ici littéral.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 61 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.