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77Deuxième année de vie publiqueChapitre 260La parabole est prononcée par un autre que Jésus.

Parabole du bois et de la flamme

Deuxième année de vie publique — Un carrefour de la plaine d'Esdrelon, à la nuit tombée, autour d'un feu où rôtissent deux agneaux ; devant une vingtaine de paysans en guenilles, anciens serfs de Doras, qui viennent de passer sous un maître moins cruel et n'ont rien mangé de la journée.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 260

Le récit

La parabole n'est pas de Jésus. Elle est de Pierre, et elle lui a été imposée.

Jésus a exigé que Pierre prêche à sa place, et Pierre s'est récrié : « Qu'est-ce que je dois dire ? » Jésus lui a répondu de regarder l'agneau qu'il faisait rôtir — « Tout sert à trouver des sujets. » Pierre a passé la soirée à tourner sa broche « avec sur le visage une concentration qui lui donne l'air d'un juge au moment de la sentence ».

Le moment venu, c'est Judas qui parle le premier, et son discours accable : ces gens sont dans des conditions défavorables, tout se ligue pour les éloigner du Royaume, ils devront s'interdire jusqu'à la pensée de juger leur maître, « en somme, vous ne devrez pas réfléchir afin de ne pas vous révolter ». Silence. Les paysans paraissent plus humiliés qu'avant ; les apôtres sont épouvantés.

Alors Pierre se lance, en s'excusant d'avance de dire peut-être des sottises. Il regardait la flamme, dit-il, et il s'est demandé : qu'est-ce qui l'alimente ? Le bois. Mais le bois ne s'enflamme pas tout seul. S'il n'est pas bien sec, il ne prend pas du tout, car l'eau l'alourdit et empêche l'amadou de l'enflammer. Le bois mort, laissé à lui-même, pourrit et se réduit en poussière par l'action des vers — il ne s'allume jamais seul. Mais qu'on l'arrange, qu'on en approche l'amadou, qu'on souffle sur les brindilles les plus fines : la flamme surgit, grandit, et finit par envahir jusqu'aux grosses bûches.

La morale

◆ Prononcée par un autre que Jésus — ici Simon-Pierre, qui donne lui-même l'application, mot à mot.

« Nous sommes le bois. Par nous-mêmes, nous ne nous allumons pas. Mais il faut veiller à ne pas trop nous laisser imprégner par les lourdes eaux de la chair et du sang pour permettre à l'amadou de nous embraser. »

EMV 260.7

Pierre file le détail : rester inerte, c'est être détruit par les intempéries et les vers, « c'est-à-dire par l'humanité et le démon » ; s'abandonner au feu de l'amour, c'est le voir brûler d'abord les brindilles — « et pour moi, ces brindilles, c'étaient les imperfections » — avant de s'attaquer aux grosses bûches, « c'est-à-dire aux passions les plus fortes ». Le terme du processus est une transmutation :

« Nous, le bois, chose matérielle, dure, opaque, grossière aussi, nous deviendrons cette chose belle, immatérielle, agile, qu'est la flamme. »

EMV 260.7

Jésus, qui a écouté les yeux fermés, ratifie sans réserve : « En vérité, tu as trouvé les paroles qu'il fallait. L'obéissance et l'amour te les ont fait trouver. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une parabole née d'un ordre d'obéissance. Jésus n'a pas donné le sujet, il a donné la contrainte : regarde ce que tu as sous les yeux. La parabole est donc, en elle-même, la démonstration de ce qu'elle enseigne — Pierre est le bois qui ne s'allume pas seul, et l'obéissance a fait office d'amadou. Jésus le dit d'ailleurs en propres termes en le félicitant.

Deux discours pour un même auditoire. Judas et Pierre parlent le même soir, aux mêmes hommes, sur la même question. Judas énonce des vérités exactes — il faut aimer, il ne faut pas haïr son maître — et laisse ses auditeurs écrasés. Pierre dit à peu près la même doctrine et les relève. La différence n'est pas doctrinale : Judas décrit une condition, Pierre décrit un devenir. Le texte ne commente pas le contraste, il le met simplement en scène.

L'ordre de combustion. Les brindilles d'abord, les bûches ensuite. La progression est celle d'un feu réel, et Pierre en tire une pédagogie : on ne commence pas par les grandes passions. C'est une théorie de la vie spirituelle tirée d'un savoir-faire de pêcheur, et c'est ce que Jésus valide.

À qui elle est adressée. Des hommes qui ont tout subi, qui n'ont pas mangé, et à qui l'on vient d'expliquer qu'ils partent avec un handicap. Pierre leur dit qu'ils sont du combustible — c'est-à-dire que leur dureté même, leur opacité, leur grossièreté, sont exactement ce dont le feu a besoin. La consolation ne nie pas leur état ; elle en fait la matière.

Résonances bibliques

  • Luc 12, 49 — « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! »
  • Actes 2, 3 — les langues de feu de la Pentecôte : ce Pierre-là, qui parle ici du bois qu'il faut embraser, sera lui-même embrasé.
  • Malachie 3, 2-3 — le feu du fondeur qui purifie l'argent : la combustion comme purification progressive.
  • 1 Corinthiens 3, 12-15 — l'œuvre de chacun éprouvée par le feu, qui consume ce qui ne tient pas.
  • Isaïe 4, 4 — l'esprit de jugement et l'esprit d'embrasement qui lavent la souillure.
  • Luc 24, 32 — « Notre cœur n'était-il pas brûlant au-dedans de nous ? » : la parole reçue décrite, elle aussi, comme un feu qui prend.
Parabole du bois et de la flamme — Les paraboles de Jésus