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38Troisième année de vie publiqueChapitre 448Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole du batelier intransigeant

Troisième année de vie publique — Sur le lac, au soir, devant Magdala. Jésus prêche debout à la poupe de la barque de Pierre, au centre d'un cercle d'embarcations ; les barques de plaisance des Romaines se tiennent en retrait. Une heure plus tôt, Pierre les a maudites, s'est fait reprendre, et a manqué faire chavirer tout le monde en se jetant aux pieds du Maître.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 448

Le récit

Un homme naviguait un soir de calme, sûr de lui et convaincu d'être sans défaut. Marin de métier, il tenait pour négligeables les amateurs croisés sur l'eau ; bon croyant, il se supposait en possession de toutes les vertus. C'était d'ailleurs, réellement, un brave homme.

Ce soir-là, il se mit à juger. Ceux qu'il jugeait lui étaient si étrangers qu'il ne les comptait plus pour prochain : ni nation, ni métier, ni foi ne l'obligeaient à se retenir. Il les tourna en ridicule, regretta de n'être pas le maître des lieux pour les en chasser, et alla presque jusqu'à reprocher au Très-Haut de tolérer chez lui des gens pareils.

Un ami se trouvait dans la barque, de ceux qui aiment assez pour corriger. Il lui rappela que tous les hommes ont le même Père, que le soleil se lève sur tous, que les nuages arrosent aussi les champs des païens — et que celui qui pourvoit ainsi au corps pourvoira bien à l'esprit. Puis vint la question qui tranchait : prétends-tu indiquer à Dieu ce qu'il doit faire ?

L'homme était bon : son intransigeance charriait de l'ignorance, aucune malice. Il se jeta aux pieds du sage pour demander pardon — avec une telle impétuosité qu'il lâcha barre, voile et courant, et faillit noyer ses compagnons. Après une erreur de jugement, une faute de manœuvre : il venait de se prouver qu'il n'était pas seulement un mauvais juge, mais un marin médiocre.

Jésus s'arrête là et demande aux barques de voter : cet homme sera-t-il pardonné ?

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Le verdict tombe d'abord. Trois barques exceptées, toutes condamnent — y compris celles des apôtres ; les Romaines, qu'on n'interroge pas, font le signe du pouce renversé. Pierre, qui a compris dès la première phrase, se voit condamné par le peuple entier. Jésus le prend contre lui, et casse la sentence :

« C'est ainsi que juge l'homme, mais non pas Dieu […] Le Seigneur ne voit même pas en lui matière à pardon. »

EMV 448.8

Suit la raison : il n'y a faute que là où il y a volonté de pécher, conscience de pécher, et persistance après cette prise de conscience. C'est l'intention qui qualifie l'acte, et la démonstration se déploie en trois exemples — l'ennemi qui apporte de l'eau glacée à un malade en simulant la charité, le fils qui ferme la cave à son père ivrogne, le soldat contraint au combat. Le principe joue dans les deux sens : une œuvre bonne accomplie dans un mauvais dessein reste mauvaise.

L'application est alors mécanique : non un péché contre la charité, mais une idée fausse de la charité ; non un irrespect envers Dieu, mais une foi mal éclairée ; non un homicide, puisque l'embardée procédait d'un bon mouvement. Vient enfin la pointe, qui vise l'auditoire juif :

« Même l'amour excessif et désordonné de la religion et de la patrie est un péché, parce qu'il devient de l'égoïsme. »

EMV 448.9

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le procédé du cheval préféré, retourné. Au chapitre 61, Jésus faisait juger la foule pour lui renvoyer sa sentence : elle avait raison, et cette raison la condamnait. Ici le dispositif est le même et le résultat inverse — la foule se trompe, unanimement, et son jugement est cassé. Cette fois, les apôtres sont du côté de l'erreur.

Le pouce renversé. Le geste des patriciennes est celui de l'arène, appliqué à un pêcheur qui, une heure plus tôt, voulait les chasser du lac. Les païennes et les pieux tombent d'accord pour condamner ; Jésus est seul à ne pas y souscrire.

Une parabole attribuée à sa victime. Jésus l'introduit en disant qu'un de ses apôtres la lui a proposée — Pierre venait en effet de dire qu'il s'était fait à lui-même une parabole. Le Maître lui en laisse la paternité, bien qu'il l'ait vécue plutôt que composée : l'accusé devient l'auteur de son acquittement.

Résonances bibliques

  • Matthieu 5, 45 — le Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » : le discours de l'ami en est presque la transcription.
  • Matthieu 7, 1-2 — « Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés » : le chapitre en donne une mise en scène littérale.
  • Luc 22, 31-32 — « Simon, Simon… j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. » Le double vocatif revient ici, dans la même fonction.
Parabole du batelier intransigeant — Les paraboles de Jésus