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79Deuxième année de vie publiqueChapitre 266Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Mt 11, 16-19 · Lc 7, 31-35×4

Parabole des enfants sur la place publique

Deuxième année de vie publique — Les disciples de Jean-Baptiste sont venus s'assurer que Jésus est bien le Messie ; Jaïre, chef de la synagogue, est présent, ainsi que sa fille, une enfant. On vient de demander tout haut si Jean sera dans le Royaume.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 266

Le récit

Jésus a d'abord répondu sur Jean — il est déjà du Royaume, il y sera « comme un des soleils les plus brillants », parce qu'il a été violent envers lui-même pour un but saint. Puis il a désigné Jean comme l'Élie qui devait revenir, et lancé l'appel habituel : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! »

Alors vient la comparaison, sous forme de question :

« À quoi comparerai-je cette génération ? Elle ressemble à ces gamins qui, assis sur la place, interpellent leurs compagnons : “ Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé ; nous avons entonné des lamentations et vous n'avez pas pleuré. ” »

EMV 266.12

Et Jésus donne aussitôt les deux airs qui n'ont pas été suivis. Jean est venu, qui ne mange ni ne boit — et l'on dit : « S'il peut agir ainsi, c'est que le démon l'aide. » Le Fils de l'homme est venu, qui mange et qui boit — et l'on dit : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs. »

« Ainsi la Sagesse voit ses enfants lui rendre justice ! »

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en une phrase qui désigne les seuls auditeurs valables.

« En vérité, je vous le dis, seuls les tout-petits savent reconnaître la vérité parce qu'il n'est pas de malice en eux. »

EMV 266.13

La leçon ne porte pas sur l'erreur de jugement mais sur son mécanisme : la génération accusée ne se trompe pas faute d'indices, elle refuse successivement deux choses opposées. L'austère est démoniaque, le convivial est débauché. Aucune conduite ne peut satisfaire à la fois les deux griefs — ce qui prouve que le grief précède la conduite.

Jaïre le confirme sur-le-champ, et applique la parabole à sa propre ville. Un habitant de Bethsaïde proteste : nous sommes ici, nous sommes fidèles ! Jaïre fait le compte :

« Oui, nous ! Mais combien sommes-nous ? Moins de cent sur trois villes qui devraient être aux pieds de Jésus. »

EMV 266.13

La moitié des absents est hostile, un quart indifférent ; du dernier quart, il préfère penser qu'il ne pouvait pas venir.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Les enfants de la parabole ne jouent pas : ils reprochent. C'est ce qui rend l'image si juste. Ces gamins assis sur la place ne dansent ni ne pleurent eux-mêmes — ils constatent que les autres n'ont pas suivi leur musique. Le grief est celui de spectateurs qui exigent qu'on se règle sur eux, et qui appellent cela un jugement.

La malice est présentée comme un organe de perception défectueux. Non pas « les petits sont plus gentils », mais « ils reconnaissent la vérité parce qu'il n'est pas de malice en eux ». La malice n'empêche pas d'être bon : elle empêche de voir. Jaïre le vérifie immédiatement sur sa propre fille — « encore sans malice, elle te voit tel que nous n'arrivons pas à te voir » — et l'on notera qu'il parle d'une enfant que Jésus a ressuscitée.

Le bien reçu devient le combustible de la haine. La phrase de Jaïre est la plus dure du passage : « le bien que tu leur fais y fermente en haine contre toi ». Ce n'est pas l'indifférence qui est décrite, c'est une transformation active — le bienfait ne laisse pas neutre, il aggrave. Ce qui donne à la parabole des enfants boudeurs une portée bien plus sombre qu'un simple caprice.

Un compte rendu chiffré, tenu par un notable. Moins de cent fidèles sur trois villes. Le chef de la synagogue de Capharnaüm dresse lui-même le bilan de l'échec local, en pourcentages, devant celui qui a ressuscité sa fille. La statistique est plus accablante que la parabole qu'elle illustre.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Matthieu 11, 16-19 — les enfants sur la place publique

16 " A qui comparerai-je cette génération ? Elle ressemble à des enfants assis dans la place publique, et qui crient à leurs compagnons :
17 Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez point dansé ; nous avons chanté une lamentation, et vous n'avez point frappé votre poitrine.
18 Jean est venu ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : Il est possédé du démon ;
19 le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et ils disent : C'est un homme de bonne chère et un buveur de vin, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la Sagesse a été justifiée par ses enfants. "

Luc 7, 31-35 — les enfants sur la place publique

31 " A qui donc, dit encore le Seigneur, comparerai-je les hommes de cette génération ? A qui sont-ils semblables ?
32 Ils sont semblables à des enfants assis dans la place publique, qui s'interpellent entre eux et se disent les uns aux autres : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous vous avons chanté des complaintes, et vous n'avez point pleuré.
33 Car Jean-Baptiste est venu, ne mangeant point de pain et ne buvant point de vin, et vous dites : Il est possédé du démon.
34 Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, et vous dites : C'est un homme de bonne chère et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie.
35 Mais la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Pour une fois, presque rien. La similitude tient en 573 caractères dans l'EMV, contre 570 chez Matthieu et 706 chez Luc : rapport 1,0 et 0,8. C'est l'un des très rares passages où l'Œuvre ne développe pas du tout. L'amplification est tout autour. Le discours sur Jean qui précède, de « Jean est saint et grand » jusqu'à la clausule sur la Sagesse, fait 5 814 caractères contre 1 548 pour Matthieu 11, 7-19 — près de quatre fois plus. Et ce qui suit, des tout-petits jusqu'à l'action de grâces au Père, 3 780 contre 1 227 pour Matthieu 11, 20-27, soit trois fois. La parabole elle-même est un îlot littéral au milieu d'un chapitre qui, lui, déborde.

La scène

Les deux évangélistes ne donnent qu'une charnière temporelle : « Comme ils s'en allaient » (Mt 11, 7), « Lorsque les envoyés de Jean furent partis » (Lc 7, 24). L'Œuvre garde la charnière mais y insère une demi-journée. Jésus a retenu les deux envoyés — « Vous ne pouvez partir par cette chaleur. Soyez donc mes hôtes jusqu'au soir. » — et ce n'est qu'au déclin du jour qu'ils enfourchent deux ânes robustes pour Jéricho, sous les yeux de « Beaucoup d'habitants de Capharnaüm » venus voir ce départ.

L'auditoire. La foule reste sur place à discuter : des gens de Bethsaïde et de Chorazeïn, Manahen le frère de lait d'Hérode, Jaïre le chef de la synagogue — et, précision de la narratrice, « grâce à Dieu, il n'y a pas de pharisiens ».

Ce qui la déclenche. Surtout, la similitude n'est plus spontanée : Jésus la lance après avoir demandé « Que vous demandiez-vous l'un à l'autre ? » et s'être entendu répondre « Mais est-ce que Jean sera dans le Royaume ? Et comment y sera-t-il ? »

Ce qui est ajouté

Là où Crampon note platement « ils disent : Il est possédé du démon », l'EMV fournit le raisonnement : « S'il peut agir ainsi, c'est que le démon l'aide. » Le jeûne surhumain de Jean n'est plus imputé à une possession, il est expliqué par une assistance — les accusateurs argumentent au lieu d'insulter. De même, dans la suite, Sodome n'est pas seulement « restée debout jusqu'à ce jour » : elle « serait encore florissante, parce qu'elle aurait cru en moi et se serait convertie ». Et « qui t'élèves jusqu'au ciel » devient une question à motif : « crois-tu que tu seras élevée jusqu'au Ciel uniquement pour m'avoir accordé l'hospitalité ? »

Deux ajouts propres. S'ajoutent aussi deux choses qu'aucun des deux évangiles n'a : une clause de sauvegarde après les malédictions — « il n'est pas juste que les justes soient mêlés à la ruine des pécheurs » — et le compte rendu chiffré de Jaïre, « Moins de cent sur trois villes qui devraient être aux pieds de Jésus », avec sa formule sur le bienfait qui « fermente en haine contre toi ».

Ce qui est changé

D'abord les personnes. Luc met le reproche à la deuxième personne — « et vous dites : Il est possédé du démon » — et vise donc l'auditoire ; Matthieu dit « ils disent ». L'EMV va plus loin que Matthieu : « cette génération dit », puis « l'on dit ». Personne dans la cour n'est mis en cause ; c'est Jaïre qui, aussitôt après, fera l'accusation à la place de Jésus.

Ensuite le détail du jeu. L'Œuvre compose. Elle prend de Matthieu le premier vers sans le complément (« Nous avons joué de la flûte », contre « Nous vous avons joué de la flûte » chez Luc), et de Luc le second (« vous n'avez pas pleuré ») — donc le geste de deuil de Matthieu, « vous n'avez point frappé votre poitrine », disparaît. Même mélange pour le verbe : les enfants « interpellent » comme chez Luc, mais ils interpellent « leurs compagnons », complément de Matthieu. Jean « ne mange ni ne boit » (Matthieu) et non « ne mangeant point de pain et ne buvant point de vin » (Luc) — mais au présent : Jean est vivant, à Machéronte, à l'heure où l'on parle. « un buveur de vin » devient « un ivrogne », « des gens de mauvaise vie » devient « des pécheurs », et les « enfants assis dans la place publique » deviennent des « gamins ».

Puis la clausule, qui est le vrai point de bascule. Crampon traduit Matthieu et Luc de la même façon — « justifiée par ses enfants », « justifiée par tous ses enfants » — de sorte que la variante œuvres du grec de Matthieu n'apparaît pas dans le texte de référence. L'EMV, lui, tranche sans ambiguïté du côté des enfants : « Ainsi la Sagesse voit ses enfants lui rendre justice ! » Il ne s'agit donc pas des œuvres de Jésus, mais bien de personnes. Et deux mots changent tout. Le passif devient actif, avec la Sagesse pour sujet qui voit ; et surtout le « Mais » adversatif de Crampon, qui oppose la justification aux calomnies qu'on vient de citer, devient un « Ainsi » consécutif, qui l'y enchaîne. Chez Crampon, la Sagesse est justifiée malgré ces propos ; ici la phrase suit ces propos comme leur conséquence, et se laisse lire comme une amertume : voilà donc comment ses enfants lui rendent justice.

Ce qui tombe

Peu de chose dans la similitude elle-même : la poitrine frappée de Matthieu, la double question de Luc « A qui sont-ils semblables ? », le pain et le vin nommés séparément. Mais tombe entièrement le couple que Luc place juste avant (7, 29-30) : le peuple et les publicains qui « ont justifié Dieu, en se faisant baptiser du baptême de Jean », et les pharisiens qui « ont annulé le dessein de Dieu à leur égard ». Ce qui se comprend, puisqu'il n'y a pas de pharisiens dans l'auditoire — leur rôle est tenu par les absents dont Jaïre fait le décompte.

Plus loin. La connaissance mutuelle du Père et du Fils est amputée de moitié : Matthieu 11, 27 dit « personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père » avant de dire l'inverse ; l'EMV ne garde que le second sens.

La pointe

Chez les deux évangélistes, la clausule sur la Sagesse ferme le morceau. Dans l'EMV elle ne ferme rien : elle est suivie immédiatement de la phrase qui déplace la leçon — seuls les tout-petits reconnaissent la vérité, « parce qu'il n'est pas de malice en eux ». La parabole ne conclut donc plus sur la vindication de la Sagesse mais sur l'organe qui perçoit : ce n'est pas un défaut de preuves, c'est un défaut d'yeux.

La suite. Le récit continue là où Matthieu ouvre un morceau séparé (« En ce même temps ») : les malédictions sur les trois villes, puis l'action de grâces au Père — où « Je vous bénis, Père » devient « Je te remercie, Père » — sont ici soudées à la similitude comme sa conclusion normale, avec, entre les deux, les statistiques de Jaïre. La parabole des enfants boudeurs devient ainsi la préface d'un procès local, nommément chiffré.

Ampleur ×4 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · pointe déplacée · prolongée · quasi littérale

Résonances bibliques

  • Matthieu 11, 16-19 · Luc 7, 31-35 — le passage parallèle, avec le même jeu d'enfants et les deux reproches contradictoires adressés à Jean et à Jésus.
  • Matthieu 11, 12-14 — « Depuis Jean-Baptiste, le Royaume des cieux est forcé, et les violents s'en emparent », suivi de « c'est lui l'Élie qui doit venir » : Jésus dit ici les deux dans le même ordre.
  • Matthieu 11, 25 — « Tu as caché cela aux sages et aux habiles, et tu l'as révélé aux tout-petits. »
  • Matthieu 18, 3 — « Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume. »
  • Matthieu 11, 20-24 — les malédictions contre Chorazeïn, Bethsaïde et Capharnaüm : les trois villes dont Jaïre fait précisément le compte.
  • Sagesse 2, 12-15 — le juste dont la seule vue est un reproche et qu'on décide d'éliminer pour cela.
Parabole des enfants sur la place publique — Les paraboles de Jésus