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A3Cahiers de 1943Chapitre 106Le 2 septembreParabole vivanteJésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de la vigne et du raisin

Cahiers de 1943 — 2 septembre 1943, à l'approche des vendanges. La dictée s'ouvre sur une observation de vigneron, sans autre préambule, et se referme sur une adresse directe à Maria Valtorta : « Je suis le Vendangeur et tu es ma grappe. »
Les Cahiers de 1943, chapitre 106

Le récit

Le raisin sucre en mûrissant, et il mûrit d'autant plus vite qu'il reçoit plus de soleil. Le maître de la vigne, qui veut du vin, ne cueille donc pas trop tôt : il élague, il taille, il dégage les grappes pour que la lumière descende et circule entre les grains, et que le vert et l'aigre deviennent « autant de perles de sucre liquide ».

Deux moments sont écartés. En avril, la vigne est belle de ses feuilles neuves et de ses grappes en fleur ; en juin, elle est pleine de sarments souples et de grappes bien formées. Dans les deux cas, le raisin ne sert à rien, sinon à réjouir la vue. C'est en automne seulement, après beaucoup de soleil et de nombreuses tailles, qu'il devient beau autrement — et utile.

Deux grappes se partagent alors la vendange. L'une n'a jamais protesté ni résisté : elle s'est laissé découvrir pour mieux prendre les rayons, laissé soigner, laissé arranger, et elle est devenue « un vrai prodige de jus et de beauté ». L'autre, rétive et malade, s'est cachée pour échapper aux soins ; elle n'a pas voulu mûrir, et elle n'ira pas à la cuve.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, dans le mouvement même du récit — l'application n'attend pas la fin, elle commence dès le troisième paragraphe.

« Je suis le soleil et vous, mes chères âmes, vous êtes la vigne où doit se préparer le vin éternel. Je suis le soleil et aussi le vigneron. »

Cahiers de 1943, chapitre 106

Ce cumul des rôles est le cœur du passage : la même personne donne la chaleur et donne le coup de serpe, et c'est pour la même raison. « Je vous entoure et vous inonde de mes rayons et vous mortifie » — la mortification n'y est pas le prix de la lumière, elle en est la condition, puisque tailler consiste précisément à laisser passer le soleil.

La consigne qui en découle est une consigne d'imitation, et son objet a de quoi surprendre : il ne s'agit pas d'imiter le vigneron, ni un saint, ni Jésus lui-même, mais un fruit — « imiter beaucoup la grappe qui n'a aucun mot de protestation, ni de gestes de résistance ». La vertu demandée est purement négative : ne pas se dérober.

Le destinataire est nommé. « Il faut, ma Maria… », « tu es ma grappe », « les vendanges approchent ». La parabole est datée du 2 septembre et parle de l'automne qui vient : l'image saisonnière et la situation de la malade se recouvrent exactement, et le texte joue de ce recouvrement sans jamais l'expliciter.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Ce que la parabole refuse d'appeler beauté. Le passage écarte deux états de la vigne qui sont, de son propre aveu, plus jolis que le troisième : avril et ses fleurs, juin et ses sarments souples. Le critère n'est donc pas esthétique mais alimentaire — « en plus d'être beau, il est utile aux humains ». On peut y lire une critique en creux de la piété qui plaît à voir : la ferveur des commencements a la beauté d'avril, elle ne fait pas de vin.

La grappe qui se cache. Le détail est étrange s'agissant d'un fruit, et c'est ce qui le rend parlant : une grappe ne se cache pas, elle est cachée par les feuilles qu'on n'a pas taillées. La faute imputée à la grappe rétive est donc celle-là même que le vigneron corrige en élaguant. Le texte ne s'y arrête pas ; mais il laisse entendre que se dérober au soin, c'est se laisser recouvrir de ce qui pousse tout seul.

Une cuve, pas un cellier. La récompense de la grappe docile n'est pas d'être conservée mais d'être écrasée : elle devient « digne d'être placée au pied du trône de Dieu » après avoir été jugée « digne de mes vendanges ». La parabole ne s'arrête pas à la maturité, elle vise le vin — c'est-à-dire un état qui suppose la destruction du fruit. Rien dans le texte n'appuie sur ce point, qui découle pourtant de l'image choisie.

Résonances bibliques

  • Jean 15, 1-6 — « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron […] tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde pour qu'il en porte davantage. » Le rapprochement est direct ; la différence est que Jésus s'y attribue ici les deux rôles, le soleil et le vigneron.
  • Isaïe 5, 1-7 — la vigne bien-aimée qui ne donne que du verjus : c'est le sort de la grappe rétive, énoncé à l'échelle d'un peuple.
  • Isaïe 63, 1-3 et Apocalypse 14, 18-20 — la cuve foulée, où la vendange devient jugement. Le texte n'y va pas, mais l'image de la « cuve mystique » l'appelle.
  • Hébreux 12, 5-11 — la correction qui « ne semble pas sur le moment sujet de joie, mais de tristesse », et qui « rapporte un fruit de paix ».
  • Marc 4, 26-29 — la semence qui croît d'elle-même et qu'on moissonne « quand le fruit le permet » : même patience du maître devant le calendrier du fruit.
Parabole de la vigne et du raisin — Les paraboles de Jésus