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43Troisième année de vie publiqueChapitre 505Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Lc 18, 1-8×7

Parabole de la veuve et du juge inique

Troisième année de vie publique — Jérusalem, un jour d'hiver gris et venteux, dans les cours presque vides du Temple après la foule des fêtes. Une centaine de personnes s'assemblent autour de Jésus qui vient de consoler un couple de paysans de la plaine de Saron.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 505

Le récit

Jésus commence par rappeler ce que la Loi exige d'un juge : l'impartialité, l'indifférence aux cadeaux et aux menaces, l'obligation de traiter chaque cause comme si elle était la sienne. Puis il constate que les hommes valent moins que les textes.

Dans une ville exerce donc un magistrat qui doit sa charge à une parenté influente. Il tranche systématiquement pour les riches, pour ceux qu'on lui recommande, pour ceux qui paient. Quand un plaignant a trop manifestement raison contre un puissant, il le fait expulser en le menaçant de prison — et la plupart renoncent avant même l'ouverture du procès.

Une veuve chargée d'enfants réclame le salaire des travaux que son mari avait exécutés pour un homme riche. Le riche ne paie pas ; elle se tourne vers le juge. Mais le juge est son ami, et le riche lui a promis le tiers de la somme s'il tranche en sa faveur. Elle est chassée par les huissiers.

Elle revient. Le matin, à midi, dans l'après-midi, le soir, indéfiniment. Elle le poursuit dans la rue, l'attend sur son seuil au moment où il va se mettre à table avec ses propres enfants ; sa réclamation traverse les murs, entre dans la salle à manger, jusque dans la chambre la nuit. Elle mêle à sa demande la faim de ses enfants et l'avertissement que Dieu protège les veuves.

Le juge ne craint ni Dieu ni les hommes. Mais la ville entière commence à rire de lui, puis à le blâmer. Un jour, excédé, il calcule qu'il lui sera moins coûteux de rendre justice que de continuer à être harcelé. Il convoque son ami riche, lui signifie qu'il ne peut plus le couvrir, et la somme est payée.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Il l'expose sous forme d'a fortiori : si un homme inique finit par céder pour retrouver sa tranquillité, comment le Père serait-il inférieur à lui ? Il fera droit promptement à ceux qui l'invoquent, précisément pour que leur âme ne se décourage pas. Mais deux conditions sont ajoutées, qui pèsent lourd : demander à bon escient, et remettre l'issue à la sagesse de Dieu — « que soit fait ce que ta Sagesse voit pour nous de plus utile ». La conclusion refuse ainsi de garantir l'objet de la demande, et ne garantit que le salut de celui qui demande :

« La prière persévérante ouvre le Ciel, et la foi sauve l'âme, quelle que soit la façon dont la prière est écoutée et exaucée. »

EMV 505.6

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

La parabole a un cas réel devant elle. Elle est prononcée juste après la rencontre d'un couple dont la fille va être répudiée par acte de divorce ; Jésus leur ordonne de prier trois jours encore et leur promet le miracle. Les apôtres veulent leur dire qui il est ; il l'interdit, parce qu'une foi qui sait à qui elle parle vaut moins que celle qui ne le sait pas. La théorie qui suit n'est donc pas une leçon abstraite : c'est la justification d'un refus qu'il vient d'opposer aux siens.

Le mobile du juge est doublé. Chez Luc — dans la traduction Crampon citée plus bas —, le juge cède pour un motif strictement privé : « parce que cette veuve m'importune », « afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me tourmenter ». Ici cet ennui subsiste, mais un second motif le précède : la ville se moque du juge, puis le blâme. C'est la pression sociale qui achève de produire la justice. Valtorta pousse aussi le récit plus loin que le texte évangélique : on voit le juge convoquer le riche, et l'argent est effectivement versé.

La phrase finale a changé de place. L'interrogation sur la foi que le Fils de l'homme trouvera à son retour appartient, dans l'Évangile, à la conclusion du discours. Ici, elle en est détachée : Jésus la murmure en franchissant la sortie du Temple, après avoir compté le petit nombre de ceux qui le suivent et mesuré du regard les hostiles restés à distance. De conclusion doctrinale, elle devient un constat sur les lieux mêmes.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Luc 18, 1-8 — la veuve et le juge inique

1 Il leur adressa encore une parabole, pour montrer qu'il faut prier toujours et sans se lasser.
2 Il dit : " Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu, et ne se souciait pas des hommes.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait à lui, disant : Fais-moi justice de mon adversaire.
4 Et pendant longtemps il ne le voulut point ; mais ensuite il dit en lui-même : Encore que je ne craigne pas Dieu et ne me soucie pas des hommes,
5 cependant, parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me tourmenter. —
6 Entendez, ajouta le Seigneur, ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient à lui nuit et jour, et il tarderait à leur égard ?
8 Je vous le dis, il leur fera bientôt justice. Seulement, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon dit en 863 caractères ce que l'EMV développe en 5 916 — près de sept fois plus. Le récit seul (versets 2 à 5, 482 caractères) passe à 3 560, soit 7,4 fois ; l'application (versets 6 à 8, 285 caractères) à 1 111, soit 3,9 fois. C'est l'histoire du juge, et non la morale, qui absorbe l'essentiel de l'écart.

La scène

Crampon ne dit que « Il leur adressa encore une parabole » : ni lieu, ni saison, ni auditoire. L'Œuvre situe tout. On est à Jérusalem en hiver, au Temple, dans des cours que la fin des fêtes a vidées ; Jésus a prié dans la Cour des Juifs puis s'est adossé à une colonne « pour observer… tout en étant lui-même observé », et une centaine de personnes se rassemblent.

Le cas concret. Surtout, la parabole en naît d'un qui vient de se produire à quelques pas : un cultivateur de la plaine de Saron et sa femme sortent du Temple, leur gendre est parti à Césarée envoyer le libelle de divorce à leur fille, et ils ont prié une lune entière pour rien. Jésus leur commande « allez et priez aujourd'hui, demain et après-demain, et vous verrez le miracle » — puis interdit à Philippe de leur dire qui il est : « Ils auraient en effet prié avec paix, mais avec moins de valeur, avec moins de mérite. » La parabole sur la prière obstinée est donc adressée d'abord à des apôtres qui n'ont pas compris ce refus.

Ce qui est ajouté

Là où Crampon écrit « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu », l'Œuvre fait précéder le récit d'un rappel du Deutéronome sur le devoir des magistrats — impartialité, indifférence aux « cadeaux » comme aux « menaces », obligation de juger « comme si le cas qui se présente à eux était leur cas personnel » — de sorte que le juge n'est plus seulement mauvais : il est mesuré à un texte.

Le passé du juge. Il reçoit un passé et une méthode. Sa charge, il l'a « obtenue au moyen d'une parenté puissante » ; quand un plaignant a trop visiblement raison, il « le faisait chasser de sa présence en le menaçant de le jeter en prison », et la plupart cèdent « avant même le début du procès ».

L'adversaire, que Crampon laisse anonyme dans la seule formule « Fais-moi justice de mon adversaire », devient un dossier : un homme riche qui doit « une forte somme » pour « des travaux exécutés par son défunt mari », et qui achète la sentence à prix affiché — « Si tu me donnes raison, le tiers de la somme est pour toi. » La corruption du juge est ainsi chiffrée là où Luc la laissait morale.

L'emploi du temps. Le « qui venait à lui » de Crampon se décompose en emploi du temps : la veuve revient « le matin, à sexte, à none, le soir », le poursuit sur la route, l'attend sur son seuil à l'heure du repas, et son cri traverse la maison « dans la salle à manger, dans la chambre à coucher pendant la nuit », « insistant comme le cri d'une huppe ». Sa demande, réduite chez Luc à une ligne, se charge de deux arguments qu'il n'a pas : la faim — « Mes enfants ont faim et froid » — et la menace religieuse : « Rappelle-toi que la veuve et les orphelins sont sacrés pour Dieu, et malheur à celui qui les piétine ! »

Enfin le récit continue après le point où Luc l'arrête. Chez Crampon, le juge décide de rendre justice et la parabole s'achève sur cette décision. Ici on le voit exécuter : il convoque son complice — « Mon ami, il ne m'est plus possible de te satisfaire. Fais ton devoir et paie, car je ne supporte plus d'être harcelé à cause de toi. J'ai parlé. » — et « le riche dut débourser la somme conformément à la justice ». La veuve est payée sous nos yeux.

Ce qui est changé

Le mobile du juge n'est pas le même. Chez Crampon, il cède pour une raison strictement privée : « parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me tourmenter » — l'ennui d'un homme qu'on dérange chez lui. L'Œuvre garde cette lassitude, presque dans les mêmes termes — « Il me suffit qu'elle ne me poursuive plus et ne soit plus sans cesse à hurler autour de moi » — mais la fait précéder d'une cause que Luc ignore : le juge est las « de se voir devenu objet de risée de la part de toute la ville à cause des persécutions de la veuve, et même objet de blâme ». La ville, personnage absent du texte canonique, devient la vraie partie adverse ; ce n'est plus seulement une femme qui l'use, c'est une opinion qui le juge.

Son monologue s'en trouve allongé d'un terme. Crampon lui fait dire deux choses : « Encore que je ne craigne pas Dieu et ne me soucie pas des hommes ». L'EMV en fait trois : « Bien que je ne craigne pas Dieu ni les menaces de la femme, ni ce qu'en pensent les habitants ». Il nie donc précisément les deux pressions qui viennent de s'exercer sur lui, à l'instant même où il y cède — le mensonge est plus visible que chez Luc.

Deux autres déplacements, plus petits. La formule de la veuve change de préposition et de verbe : « Fais-moi justice de mon adversaire » chez Crampon, « Rends-moi justice contre mon adversaire » ici, avec en plus la justification de son droit — « Tout le monde peut te dire que j'ai droit à cette somme. » Et les bénéficiaires de la promesse divine ne sont plus les mêmes : les « élus » de Crampon, « qui crient à lui nuit et jour », deviennent « ses enfants qui savent l'invoquer jour et nuit ». Le titre s'adoucit, mais une compétence apparaît : il faut savoir invoquer.

Ce qui tombe

Presque rien. Tout Crampon se retrouve dans l'Œuvre, jusqu'à l'avertissement du narrateur — « Entendez, ajouta le Seigneur, ce que dit ce juge inique » — qui devient « Vous avez entendu les paroles d'un homme inique ». Seule disparaît la durée indéterminée du verset 4, « Et pendant longtemps il ne le voulut point » : le vague de ce « longtemps » est remplacé par les heures comptées du siège de la veuve.

La pointe

L'a fortiori est le même, mais la promesse ne porte plus sur le même objet. Crampon conclut sans réserve : « Je vous le dis, il leur fera bientôt justice. » L'EMV maintient la promptitude et lui donne aussitôt une raison qui n'est pas la cause à gagner mais celui qui la plaide — « il leur rendra promptement justice pour que leur âme ne perde pas la foi » — puis ajoute deux conditions absentes de Luc : « savoir demander à bon escient », et remettre l'issue à Dieu, « Pourtant, que soit fait ce que ta Sagesse voit pour nous de plus utile. » La dernière phrase ne garantit alors plus l'exaucement : « La prière persévérante ouvre le Ciel, et la foi sauve l'âme, quelle que soit la façon dont la prière est écoutée et exaucée. » Chez Luc, la veuve obtient sa somme et Dieu fera de même ; ici, la veuve obtient sa somme mais le lecteur, lui, n'obtient que le salut de son âme.

La question finale, enfin, quitte le discours. Chez Crampon, « quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » est le dernier mot de l'enseignement. Ici, Jésus a déjà dit « Allons ! » et il marche vers la sortie du Temple ; c'est en levant la tête pour compter « le peu de gens qui le suivent et les nombreux indifférents ou hostiles qui le regardent de loin » qu'il s'écrie tristement : « Mais quand le Fils de l'homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » Un mot suffit à tout déplacer : encore. La question n'est plus une hypothèse sur la fin des temps, c'est un constat sur la cour où il vient de parler.

Ampleur ×7 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Luc 18, 1-8 — le parallèle direct, avec la même question finale sur la foi.
  • Luc 11, 5-8 — l'ami importun tiré du lit à minuit : autre parabole où l'insistance obtient ce que l'amitié n'obtenait pas.
  • Deutéronome 16, 18-20 — le statut des juges : ne pas faire fléchir le droit, ne pas faire acception de personnes, ne pas accepter de présents. C'est le texte que Jésus paraphrase en ouverture.
  • Exode 22, 21-23 — l'interdiction d'affliger la veuve et l'orphelin, et la colère annoncée contre qui les opprime : l'argument que la veuve crie sous les fenêtres du juge.
  • Josué 10, 12-13 — le soleil arrêté, que Jésus invoque pour soutenir qu'une volonté supérieure peut retenir un homme en chemin.
Parabole de la veuve et du juge inique — Les paraboles de Jésus