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45Troisième année de vie publiqueChapitre 513Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de l'homme riche et de l'enfant pauvre

Troisième année de vie publique — Emmaüs de la montagne, sur la place envahie par la foule. Ce sont les enfants, faufilés entre les jambes des adultes, qui réclament une histoire ; Jésus la leur accorde en avertissant que ce qui vaut pour les petits vaudra ensuite pour leurs parents.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 513

Le récit

Un souverain convoque un notable réputé pour son savoir et sa bonne administration. Plutôt qu'un cadeau, il lui offre le libre choix dans sa chambre au trésor — l'occasion, ajoute-t-il, de vérifier si sa réputation est méritée. Au même moment, apercevant depuis la terrasse un gamin en haillons qui traverse la place, il le fait chercher.

L'enfant, terrifié, refuse de réciter la formule d'hommage que la cour tente de lui faire répéter. Les courtisans veulent le jeter dehors ; le lettré renchérit, prosterné jusqu'à baiser les pieds du roi, invoquant le respect dû à la majesté. Le roi passe outre : cet enfant est son sujet comme les autres, et son malheur n'est pas une faute. Il lui tend la main, que le petit baise sans qu'on le lui ait demandé, et l'emmène.

La salle est ronde, sans fenêtres, éclairée par un plafond translucide. Coffres d'or et de gemmes, rouleaux somptueux aux fermoirs incrustés ; et sur un pupitre bas, sombre, à l'écart, un petit volume poussiéreux, monté sur une baguette de bois blanc et fermé par une ficelle.

Le savant se rue, ouvre tout, s'exclame, se prosterne pour adorer son bienfaiteur, puis fait sa moisson, gemmes et manuscrits. L'enfant ne bouge pas. Interrogé, il explique sobrement qu'il ne sait pas lire et que les pierres ne sont pour lui que de jolis cailloux. Une maison ? Il y serait seul. Des vêtements ? Il aurait froid quand même. De la nourriture ? Elle ne remplace pas les baisers d'une mère. Le roi lui lit des poètes, des récits de héros ; l'enfant admet que c'est beau, mais insiste : ce n'est pas cela. Il lui lit des pages inspirées ; l'enfant répond qu'il faudrait d'abord savoir la langue de Dieu, et demande s'il n'existe pas un livre qui l'apprenne. Le roi cesse de sourire.

« Je ne cherche pas la richesse, je cherche l'amour, et il m'a été dit un jour que Dieu est Amour. »

EMV 513.2

Le petit rouleau négligé commence précisément par une promesse : que le petit vienne, et Dieu lui enseignera la science de l'amour. L'enfant ne veut rien d'autre. Le savant ricane, puis le presse d'adorer le roi ; l'enfant refuse : on adore Dieu, non l'homme que Dieu a fait bon.

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même.

Elle l'est deux fois, à deux niveaux. Dans la parabole, par la sentence du roi :

« Cet enfant est le vrai sage de mon royaume, ô homme qui ne mérite pas le nom de sage. »

EMV 513.2

Le savant repart avec son dû — parole royale oblige — mais chargé de cailloux et de « paille de la pensée humaine », promis désormais à la peur des voleurs et des mites. L'enfant reste au palais et sera formé pour devenir un juste.

Hors de la parabole, Jésus se retourne vers les adultes et donne l'application avec Baruch : si Israël souffre, c'est qu'il a abandonné la source de la sagesse. Il s'identifie alors sans détour à cette Sagesse, constate que les trois quarts du peuple ne la reçoivent pas, et annonce qu'elle s'éloignera. La conclusion est brutale :

« Une seule chose est nécessaire, ô Israël : posséder la sagesse, au prix même de la vie. »

EMV 513.5

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Le roi n'est pas Dieu. C'est l'anomalie de ce récit. Dans presque toutes les paraboles royales, le monarque figure le Père ; ici, il est une créature — puisque l'enfant refuse de l'adorer, et que le roi lui donne raison. La parabole ne traite donc pas seulement du choix entre deux trésors, mais de la juste destination de l'hommage : le lettré adore celui qui donne, l'enfant remercie Celui qui a rendu bon celui qui donne.

Le trésor n'était pas caché. Le petit rouleau se trouve dans la même pièce que tout le reste, en pleine lumière, à portée de main. Rien ne le dissimule sinon son insignifiance apparente. Il n'est pas passé inaperçu du savant parce qu'il était introuvable, mais parce qu'il ne payait pas de mine : l'aveuglement décrit ici n'est pas un défaut d'information, c'est un défaut de désir.

Une histoire pour enfants qui se termine en oracle. Le chapitre bascule sans transition. La parabole était demandée par un gamin de la place ; la suite est l'un des passages les plus sombres du corpus, avec l'épouse qui ne se lève pas, l'Époux qui passe, et les chars des futurs occupants. Il est difficile de ne pas lire ce contraste comme une composition voulue : c'est l'enfant qui a obtenu le récit, et ce sont les adultes qui en reçoivent la facture.

Résonances bibliques

  • Baruch 3, 10-13 — le texte que Jésus cite en ouvrant son application : Israël en terre ennemie parce qu'il a délaissé la source de la Sagesse ; plus loin dans le même chapitre, les générations qui n'ont pas connu son chemin.
  • Baruch 3, 38 — la Sagesse apparue sur la terre et vivant parmi les hommes : le verset qui autorise l'identification que Jésus fait de lui-même.
  • Matthieu 11, 25 — ce qui est caché aux sages et aux habiles est révélé aux tout-petits. La parabole en est la mise en scène complète.
  • Matthieu 6, 19-20 — le trésor que rongent les mites et que dérobent les voleurs : le roi le dit presque mot pour mot au savant en le congédiant.
  • Romains 1, 25 — avoir adoré la créature au lieu du Créateur : le reproche exact adressé au lettré.
  • Cantique 5, 2-6 — l'épouse qui tarde à ouvrir et l'Époux qui s'est retiré, image reprise pour décrire Israël dans la finale du chapitre.
Parabole de l’homme riche et de l’enfant pauvre — Les paraboles de Jésus