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A9Cahiers de 1944Chapitre 123Le 21 juinRécitJésus énonce lui-même la morale, explicitement.

Parabole de l'homme qui aime une femme

Cahiers de 1944 — 21 juin 1944. Maria Valtorta vient de relire ses pages d'octobre et de se plaindre : Jésus n'y parle plus comme alors, avec cette « paix si sûre ». Il répond que ce n'est pas une diminution mais une montée, puis annonce : « Maintenant, écoute cette parabole qui vous est adressée. »
Les Cahiers de 1944, chapitre 123

Le récit

Un homme aime une femme. Il l'a trouvée belle, on lui a dit qu'elle était bonne, pure et modeste, et il espère en faire « la perle de sa maison ». Il se fait présenter aux parents, obtient sa main.

Vient alors le temps des fiançailles — Jésus prend soin de rappeler qu'elles étaient chez les Hébreux d'une rigueur telle qu'une femme dont l'époux mourait avant la consommation était dite veuve. Pendant ce temps, l'homme se dépense en attentions : il apporte à chaque visite ce qu'il sait lui plaire, il pense de loin à ce qu'il lui rapportera, il écrit quand il ne peut parler, il court chez elle à peine rentré. Et surtout, il ne lui dit rien de ses soucis : « il les laisse au contraire devant la porte », le visage souriant de sa bien-aimée lui étant déjà un réconfort.

Puis la femme quitte la maison de son père et entre dans celle de son époux. C'est le deuxième état : ils ne sont plus deux à s'aimer, ils sont « un qui s'aime dans son double », et la joie efface la personnalité.

Vient enfin le troisième, quand l'enthousiasme est passé et que l'amour prend « une digne virilité ». Deux êtres penchés sur un berceau, qui redisent ce que Dieu avait dit en regardant l'homme : nous avons fait un être éternel. L'épouse est alors devenue mère, sœur et amie ; l'époux peut lui confier ses préoccupations sûr d'être compris. Ce ne sont plus les baisers enflammés ni les mots poétiques, mais « caresses d'âme à âme ».

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, en un système de correspondances qu'il déroule à mesure : les trois états du mariage sont les trois degrés des noces mystiques.

Au premier, « vous êtes aimées et vous devenez amoureuses de Dieu, qui vous aime ». Au deuxième, on jouit de ses joies devenues siennes. Mais « ce n'est pas là la perfection de l'épouse » — et c'est le troisième degré qui répond à la question posée en ouverture.

« Je ne te montre plus simplement mon sourire, mais aussi mes larmes. Je ne te caresse plus avec des roses, mais je t'imprime des roses de sang sur le cœur en y appuyant mon front couronné d'épines. »

Cahiers de 1944, chapitre 123

La plainte est donc retournée en preuve : si les paroles consolantes ont cessé, c'est que le fiancé qui laissait ses soucis devant la porte est devenu l'époux qui les fait entrer. Cesser d'être ménagée, dans cette logique, est la marque d'une estime — « j'agis envers toi en Époux sûr de sa femme ». Jésus va jusqu'au bout de l'analogie : les enfants sont ceux qui l'ont connu ou mieux connu par cet amour agissant.

Il pose au passage le critère qui fait tenir l'ensemble : « Deux personnes qui pleurent ensemble s'aiment-ils donc moins que deux autres qui s'embrassent et sourient ? Non, Maria. Ils s'aiment davantage. »

Le destinataire est nommé, et le chapitre se referme sur sa voix. Après la dictée, Maria Valtorta explique elle-même ce qui l'avait provoquée : la promesse d'octobre — « Quand le printemps arrive dans nos contrées et que l'on entend la voix de la tourterelle, je viendrai » — non tenue, la mort qu'elle désire et qu'on lui refuse, son père demandé neuf ans plus tôt, sa mère un an plus tôt, et l'exil loin de la maison où elle voulait mourir. « Une seule grâce ! Une seule pour moi ! » La parabole est une réponse à cela, et la réponse ne donne pas ce qui est demandé.

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Une digression qui n'en est pas tout à fait une. Au milieu du récit, Jésus s'écarte pendant plusieurs paragraphes pour parler de séparation conjugale, et il vise moins les époux que les tiers — beaux-parents, amis menteurs, semeurs de zizanie —, allant jusqu'à dire que « 90% des séparations conjugales n'auraient pas lieu » si les couples savaient vivre isolés dans leur cercle. Puis il coupe : « Mais ce n'est pas de cela que je veux te parler. » Le détour est long ; il n'est pas gratuit, puisqu'il installe l'indissolubilité comme l'arrière-plan de ce qu'il va appliquer à une âme. La montée du troisième degré n'a de sens que si l'on ne peut pas partir.

Un mariage raconté du seul côté de l'homme. Tout le récit suit ce que fait l'époux : il cherche, il demande, il apporte, il écrit, il court, il tait ses soucis puis les dit. La femme n'agit qu'une fois — elle comprend. Ce déséquilibre est cohérent avec l'application, où l'initiative revient entièrement à Dieu, mais il rend la parabole difficilement lisible comme un enseignement sur le mariage lui-même, malgré la digression qui précède.

Le prix de la promotion. Le texte propose une consolation qui exige d'accepter que la souffrance soit un avancement. C'est une logique cohérente et dure ; le chapitre lui-même en montre la limite, puisque la longue note finale de Valtorta ne dit pas que la réponse l'a apaisée. Elle écrit au contraire : « Mon douloureux étonnement ne meurt pas. » Les deux textes cohabitent sur la même page sans que l'un annule l'autre, et c'est un des rares endroits du corpus où la destinataire n'a pas le dernier mot d'accord.

Résonances bibliques

  • Osée 2, 16-22 — Dieu qui séduit son épouse, la conduit au désert et parle à son cœur, avant de la fiancer « pour toujours dans la justice et le droit ».
  • Cantique des cantiques — l'ensemble du livre, et particulièrement la tradition qui l'a lu comme les noces de l'âme et de Dieu ; le passage sur la tourterelle cité par Valtorta est Cantique 2, 12.
  • Éphésiens 5, 25-32 — « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église » : la même analogie, prise dans l'autre sens.
  • Matthieu 19, 6 — « que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni », cité dans la digression.
  • Proverbes 31, 10-31 — « la femme forte », dont Jésus reprend explicitement l'expression : « je juge que tu es une femme forte au sens biblique du terme ».
  • Colossiens 1, 24 — les souffrances offertes pour le corps du Christ, arrière-plan des « enfants » que l'âme lui donne.
Parabole de l'homme qui aime une femme — Les paraboles de Jésus