Le jeune homme riche
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 576
Le récit
Il ne s'agit pas ici d'une parabole mais d'une rencontre — la seule du corpus qui figure sous ce titre sans en être une, et qui reçoit pourtant, dans le chapitre, la même fonction : illustrer ce qu'un homme fait d'un bon conseil.
Une caravane opulente passe. Un jeune homme en descend, fait agenouiller son chameau et vient se prosterner. Contrairement aux synoptiques, il se présente : Philippe de Canata, fils d'israélites fidèles, disciple de Gamaliel depuis que la mort de son père l'a placé à la tête d'un commerce. Il a entendu Jésus plus d'une fois et connaît ses actes. Sa question est celle que rapportent les Évangiles : que faire pour avoir la vie éternelle ?
L'échange suit le fil connu — la reprise sur le mot bon, le renvoi aux commandements — avec une nuance : le jeune homme demande lesquels, les anciens ou ceux du Maître, et s'entend répondre que les seconds sont contenus dans les premiers et ne les modifient pas. Suit l'énumération. Il l'a observée depuis l'enfance.
C'est ici que la version de Valtorta se sépare nettement. Jésus lui demande doucement si cela ne lui paraît pas suffisant, et la réponse renverse la lecture ordinaire de l'épisode :
« Je sens qu'il nous est demandé bien peu, par rapport au Tout, à l'Infini parfait qui se donne. »
EMV 576.6
Ce n'est donc pas un homme qui cherche le minimum, mais un homme que le minimum scandalise. Jésus lui donne raison, puis lui indique ce qui manque : vendre, distribuer aux pauvres, et suivre. Le jeune homme s'assombrit, se relève, et s'en va affligé — sur une phrase que les trois évangélistes n'ont pas :
« Je me souviendrai de ton conseil… »
EMV 576.6
Judas commente aussitôt, avec un sourire, qu'il n'est donc pas le seul à aimer l'argent. Jésus se retourne, le regarde, regarde les onze autres, et soupire.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même.
Elle vient en deux temps. D'abord la difficulté du riche, la porte étroite, le chemin escarpé, puis l'image qui a traversé les siècles — le chameau et le trou de l'aiguille. Ensuite l'objection des apôtres, qui n'est pas dans les Évangiles sous cette forme : si la misère rend souvent pécheur par envie et défiance, et si la richesse empêche la perfection, alors qui peut être sauvé ?
La réponse déplace le problème du patrimoine vers la volonté. Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu — à condition que l'homme y aide par sa bonne volonté. Et cette bonne volonté reçoit une définition d'une précision remarquable :
« c'est faire preuve de bonne volonté que d'accepter le conseil reçu et de s'efforcer d'arriver à se libérer des richesses. »
EMV 576.7
Suit une définition de la liberté qui est le vrai sommet du chapitre : n'être esclave ni de soi, ni du monde, ni du respect humain — ni même de sa propre vie, s'il faut résister à Dieu pour la conserver.
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
L'épisode ferme le cycle des conseils. Trois chapitres plus tôt, à Silo, Lébona et Sichem, Jésus a exposé qu'un conseil ne vaut que par l'accueil qu'on lui fait, et que nul ne peut plaider on me l'avait dit. Ici, il donne lui-même un conseil, et le mot revient trois fois en quelques lignes, dans sa bouche comme dans celle du jeune homme. Philippe de Canata devient ainsi le quatrième panneau de la série : le cas d'un excellent conseil, reçu d'une source parfaite, par un cœur droit — et néanmoins non suivi. Rien n'invite à voir là une coïncidence de composition.
Une porte laissée ouverte. Les trois synoptiques referment la scène sur une explication définitive : il s'en alla triste, car il avait de grands biens. Valtorta supprime cette clause et lui substitue une promesse vague. Le personnage ne refuse pas ; il ajourne. Le verdict qui suit sur les riches n'est donc plus la sentence d'un cas jugé, mais un constat général prononcé au-dessus d'une situation encore indécise — ce qui est une manière de rendre l'épisode plus inquiétant, non moins.
Le contrepoint est dans le même chapitre. Quelques pages plus haut, Marie de Magdala annonce qu'elle va vendre ses épingles d'argent parce que la bourse est vide, et profite de l'occasion pour raconter son passé devant un enfant. Une riche qui se défait de ce qui lui reste en riant, un riche qui s'éloigne sans se défaire de rien : les deux scènes se suivent à moins d'une heure d'intervalle, et Valtorta ne les rapproche nulle part. La bourse vide, elle, est vide parce que Judas l'a vidée.
Résonances bibliques
- Matthieu 19, 16-30 ; Marc 10, 17-31 ; Luc 18, 18-30 — les trois récits parallèles. Matthieu seul en fait un « jeune homme » et donne la formule « si tu veux être parfait » ; Luc seul en fait un notable ; Marc seul note que Jésus « le regarda et l'aima » — détail que Valtorta conserve.
- Marc 10, 18 ; Luc 18, 19 — « Nul n'est bon que Dieu seul » : c'est cette forme, et non celle de Matthieu, que suit le chapitre. La réponse du jeune homme, qui y oppose une profession de foi en la filiation divine de Jésus, n'a aucun équivalent synoptique.
- Matthieu 19, 28 — les trônes du jugement. Écart notable : là où Matthieu annonce douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël, le chapitre élargit à des trônes pour juger « les tribus de la terre ».
- Matthieu 16, 25 ; Marc 8, 35 ; Luc 9, 24 — perdre sa vie pour la sauver, que Jésus se cite lui-même au terme de son développement sur la liberté.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 576 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.