Le banquet de noces
Les Cahiers de 1943, chapitre 41
Ce que Jésus en fait
Avant d'expliquer quoi que ce soit, Jésus justifie l'écart entre les deux récits : chez Matthieu c'est un roi, chez Luc un riche seigneur ; les invités allèguent des excuses chez l'un, s'en moquent chez l'autre. Les évangélistes, dit-il, étaient encore des hommes lorsqu'ils écrivaient, « déjà élus mais pas encore glorifiés », et pouvaient commettre des erreurs « de forme et non de substance ». Un seul rapporte ses paroles « avec une exactitude phonographique », Jean, parce qu'il était pur. Le commentaire commence donc par une remarque sur la transmission du texte, avant de porter sur son sens.
Suit une paraphrase du récit, puis l'explication terme à terme. Les invités de la première heure sont ceux que Jésus appelle « par une vocation spéciale, une grâce gratuite ». Les pauvres, les aveugles, les boiteux, les difformes sont « les pauvres pécheurs, les âmes faibles et difformes qui n'osent se présenter à la porte, mais rôdent aux alentours du palais ». Les passants pressés sont ceux qui vivent « dans les religions plus ou moins révélées ou dans leur religion personnelle qui s'appelle argent, affaires, richesses ». Les catégories sociales de la parabole deviennent ainsi des états spirituels, et la double menace finale vise deux publics distincts : les élus qui négligent l'appel, et les repêchés qui ôtent leur habit de noces.
Le déplacement décisif vient ensuite. La parabole cesse d'être une leçon générale pour devenir le récit d'une substitution nominative. Jésus dit d'abord la règle : « Des fois, parmi les pécheurs et les convertis, je vois des âmes si belles et si reconnaissantes que je les choisis pour épouses à la place des autres que j'avais appelées et qui m'ont repoussé. » Puis il l'applique :
« Toi, Maria, tu étais une pauvresse, une mendiante affamée, anxieuse, sans vêtements. Après avoir essayé par toi-même de rassasier ta faim, de calmer ton anxiété, de recouvrir tes misères, sans y réussir, tu t'es approchée de ma demeure ayant compris qu'en elle seule il y a paix et réconfort véritable. Et moi, je t'ai accueillie, te mettant à la place d'une autre qui, appelée par moi, a rejeté la grâce, et te voyant reconnaissante et pleine de bonne volonté, je t'ai choisie pour épouse. »
Les Cahiers de 1943, chapitre 41
La destinataire n'est donc pas seulement l'un des convives de rattrapage : elle est promue au-delà du banquet. « L'épouse ne reste pas dans la salle de banquet. Elle pénètre dans la chambre de l'époux et en découvre les secrets. » Et la personne dont elle a pris la place reste anonyme, mais existe : « Qui c'est, tu le sauras un jour. » Une tâche en découle — prier pour cette autre âme, « pour qu'elle se convertisse et revienne à moi ».
Enfin, l'habit de noces change de fonction. Chez Matthieu, il sert à repérer l'intrus et à l'expulser. Ici, il est donné — « Je donne la robe nuptiale à celle que j'aime d'un amour de prédilection » — mais il reste à broder : « la bien-aimée doit, par une vie d'une perfection angélique, l'orner toujours plus. Tu ne dois jamais dire : ‘C'est assez’. » La menace d'expulsion, elle, est maintenue et retournée vers la destinataire : « malheur à toi si la bonne volonté et la reconnaissance s'assoupissaient en toi ».
La parabole d'origine
Matthieu 22, 1-14 : un roi donne les noces de son fils ; les invités refusent, maltraitent les serviteurs, le roi les châtie et fait chercher aux carrefours « tous ceux que vous trouverez » ; la salle se remplit, mais un convive est trouvé sans habit de noces et jeté dehors. Luc 14, 15-24 : un homme donne un grand dîner ; les invités s'excusent l'un après l'autre ; le maître envoie chercher « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux », puis, la salle n'étant pas pleine, ordonne de contraindre les gens à entrer.
Le commentaire les traite comme un seul récit et en modifie trois points. Le premier est la place du destinataire : les convives de l'Évangile sont des foules anonymes, ici l'un d'eux est une personne vivante, nommée, qui reçoit sa propre histoire. Le deuxième est l'issue : là où l'Évangile s'arrête à la salle pleine et à l'intrus expulsé, la dictée fait sortir la destinataire de la salle pour l'introduire dans la chambre nuptiale. Le troisième est le sort de l'invité défaillant : dans l'Évangile, ceux qui ont refusé disparaissent du récit ; ici, celle dont Maria Valtorta a pris la place demeure un objet de prière.
Passages cités : Maria Valtorta, Les Cahiers de 1943, chapitre 41 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.